« Quand je tombe malade au village …»

Le Président du Faso a promis de normaliser 361 Centres de santé et de promotion sociale (CSPS) afin de faciliter un meilleur accès des populations aux soins de santé. Le CSPS de Rapadama V4 dans le Ganzourgou, est en attente.

Au mois de septembre 2018, aux environs de 20h, un habitant de Lady, hameau de culture situé à environ 10 kilomètres de V4 (l’OMS recommande un CSPS à chaque 5 km pour impacter sur l’accessibilité géographique), tombe malade. Vite, il faut l’envoyer au CSPS de V4.

Il n’y a pas de route convenable pour y arriver. Mais ce n’est pas un problème. A Lady, on achète les « grosses motos » made in China pour justement braver ces inconforts de la nature. Un ruisseau sépare le malade du CSPS. Le passage est profond. Heureusement, il n’a pas beaucoup plu cette année. Le fossé est à sec. Néanmoins, le malade doit descendre pour aider son sauveteur à traverser.

Arrivé au CSPS, il est pris en charge par l’infirmier de garde. Il lui prescrit ensuite une ordonnance. Mais le pharmacien n’est pas là. Deux heures d’attente plus tard, le gérant du dépôt arrive. Ce dépôt ! Il faut en parler. D’abord, il n’a pas de matériel réfrigérant. Ce serait un luxe puisqu’il n’y a pas d’arrivée d’électricité. Seuls donc les médicaments qui n’ont pas besoin de froid sont dépotés là. Conséquence, seuls les médicaments élémentaires sont présents. Les spécialités sont absentes. De sorte que finalement, c’est une injection qui est faite au malade, avec en sus du « Paracétamol » et de « l’Ubiprofen ».

25 autres kilomètres à parcourir

De quoi souffre-t-il ? Le malade ne saura pas. Il n’y a pas de laboratoire d’analyses médicales. On lui « accorde la route ». Mais deux jours plus tard, le patient retombe malade. Son cas s’est plutôt aggravé. Le même périple recommence. Mais son accompagnant décide de ne plus aller au même CSPS. Il continue 15 km plus loin, dans un autre CSPS. Ce centre-là  est proche d’une route nationale.

Le personnel ? Un infirmier et une sage-femme. Ils ont le sourire aux lèvres malgré tout, malgré l’affluence des malades. Des poches de perfusion sont prescrites à notre malade.  Ainsi qu’un médicament « à large spectre », cela veut dire que c’est un médicament qui « massacre » le plus de microbes possibles dans l’organisme. Avec un peu de chance, le germe responsable de la maladie pourrait être éliminé.

Mais il lui faut un remontant. C’est une spécialité. Il n’y en a pas dans le dépôt du CSPS. L’accompagnant fera 10 autres kilomètres pour trouver un dépôt dans une autre localité.  Le malade récupère en deux jours de traitement et est « libéré ».

Au décompte, il aura fallu parcourir 80 kilomètres pour soigner un paludisme. Un habitant de Dassasgho à Ouagadougou aurait parcouru à peine 2 kilomètres pour rejoindre le CSPS de son quartier. C’est dire qu’en zone rurale, le chemin vers la santé est encore long.

Abdou ZOURE

Légende photo : Le chemin vers la santé en zone rurale est encore long

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