PERIL SECURITAIRE AU BURKINA : L’OPTION ENTRE LA CONFRONTATION, LA NEGOCIATION OU LA CAPITLUATION…

Le Burkina Faso est un Etat unitaire. Son territoire est un et indivis. Si une seule de ses parcelles est attaquée, c’est tout le territoire qui l’est. De là, disons le tout net : le Burkina Faso tout entier ploie, depuis quelques temps, sous le joug de l’occupation par des forces ennemies barbares. Les Régions de l’Est, du Sahel et du Nord constituent le miroir maculé de cette occupation. Des individus et groupes d’individus armés y sèment menaces, désolation, stupeur, terreur, mort, déplacements de populations, déportations…Dans les communiqués et discours officiels, on les dit « non identifiés ». Pourtant, ils ont des visages, des noms et des motivations. Nous devons les identifier pour espérer les contenir, les neutraliser. La menace enfle et se rapproche de certaines localités jusque-là paisibles. La terreur quant à elle s’amplifie là où elle est déjà imposée.

Pendant ce temps, on a du mal à lire et cerner la posture de nos Gouvernants. Le discours officiel est ambigu, couard et insipide. Il ne galvanise ni les populations ni la troupe. Rien de martial ne s’en dégage contrairement à d’autres pays. On évite de déclarer la guerre. On semble éviter l’option assumée d’une confrontation directe avec ces bandes criminelles particulièrement cruelles. Quand elles nous attaquent, nous ne leur opposons pas une résistance ou une riposte conséquemment musclée. Et quand elles marquent une trêve tout en signalant leur présence et maintenant leurs positions, nous sommes incapables de mener une offensive d’envergure contre elles. A la non confrontation, ce même discours officiel ajoute la non négociation. C’est décidé et dit publiquement : Le Burkina Faso ne négociera pas avec ces bandes criminelles !

Mais alors, que reste-il à un pays qui est envahi et agressé, qui évite à la fois la guerre et rejette la négociation? La capitulation volontaire ? La question vaut d’être posée. Car, quand on est attaqué, raisonnablement, on se défend. A défaut, on négocie. Et inversement. On peut même combiner les deux modes. Mais quand on ne se défend ni ne négocie, alors,  on a choisi de capituler, de périr. N’attendons pas un secours divin. Nous avons déjà jeûné et prié de façon collective et populaire. Mais à nos supplications, le Ciel et la Terre, comme de concert, semblent n’avoir pas encore prêté l’oreille attentive que nous espérions. Récemment, c’était des marches et démarches organisées avec faste et ludisme, en soutien, disait-on, aux FDS, dans la lutte contre ces bandes criminelles. D’une part, aucun acte ou signal fort de nos Gouvernants n’indique qu’une telle lutte est vraiment engagée. D’autre part, nos FDS ne me semblent pas avoir manifesté être en manque d’une sympathie de leur peuple. Des besoins, elles en ont. Mais c’est bien ailleurs et cela est connu.

Avant ces parades spirituelles et de marches, le discours officiel nous invitait à fonder notre délivrance et notre rédemption à la force conjointe du G5 Sahel dont la naissance était pompeusement annoncée. Elle naîtra effectivement ; mais dans la douleur : attaques contre sa base au Mali, handicap opérationnel consécutif au manque de ressources…Rappelons qu’au début, en guise de réaction à ces bandes armées et à leurs actions barbares, le discours officiel se complaisait à accabler mécaniquement l’ancien régime et ses supposés réseaux. On a ainsi accusé, mis en garde et même stigmatisé des Burkinabè qu’on désignait sous l’appellation « ancien régime ». Là-bas encore, la quiétude tant espérée n’est pas revenue. Finalement, à ce mal ravageur, nous avons administré des thérapies biscornues, clairement expérimentées nulle part ailleurs. Le résultat est là : Le pays s’enfonce.

Pendant ce temps, de nombreux Burkinabè des zones jusque-là épargnées semblent se complaire dans une sorte d’indifférence, d’insouciance et de déni. Les habitudes n’ont pas varié. La discipline, la vigilance, l’ordre, la rigueur…n’ont pas évolué dans les rangs de la population. Nous continuons à jouer à certains de nos jeux dangereux d’enfants repus et insouciants. On a par exemple vu des élèves juchés sur des motos, cagoules enfilés au visage, s’adonner à des acrobaties, des cascades, des coups de sifflets, jets de pierre et autres objets dans des établissements au motif qu’ils manifestaient leur grève. On voit aussi des citoyens s’indigner contre l’Autorité de l’absence de dispositifs de contrôle et de surveillance des personnes et des biens dans nos villes. Et lorsque nos forces de sécurité installent des cheks points, procèdent à des vérifications d’identité ou font des patrouilles, ces mêmes citoyens les trouvent envahissants, indisposant. On les évite, les rabroue. On fonce même sur eux à vive allure avec nos engins. Hélas, certains y ont perdu la vie…Cette insouciante, cette indiscipline collectives nous perdront davantage dans notre quête de survie face à ces groupes armés.

Et ne nous méprenons pas. La bataille contre ces forces obscures sera longue, lente, pénible et traumatisante. Elle comprendra la guerre ; mais aussi l’avant et l’après-guerre. Nous devrons nous attaquer aux causes structurelles qui ont favorisé leur naissance et leur expansion sur notre territoire. De nombreux rapports dont celui de l’ONG International Crisis Group publié en octobre 2017 suggèrent des pistes de réflexions et d’actions à explorer. Les racines de cette hydre sont à la fois religieuses, sécuritaires mais aussi sociales, politiques, économiques. Ce sont autant de fronts qui nous attendent. Et nous devrons nous y rendre. Nous devrons reconstruire ce pays, remodeler notre vivre ensemble collectif afin que chacun et chacune rencontre les conditions de son épanouissement et trouve une raison de le protéger, le défendre. Et cela, nous le pouvons. Alors, nous le devons pour nous-mêmes, pour les générations à venir et pour nous rendre dignes des sacrifices de nos devanciers.

 

Jean-Aurèle DRABO

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