LE BURKINA VIT-IL UNE GUERRE D’OCCUPATION A MULTIPLES ENJEUX ?

Insidieusement, nous sommes envahis, assaillis. Cette entreprise funeste est conduite, dans la terreur et le sang, par des individus et groupes criminels. La persécution qu’ils exercent est épouvantable. Ses formes et ses manifestations sont connues.

De toutes ces persécutions, hors les attentats perpétrés sur Ouagadougou et quelques barbaries commises au Sahel, aucune ne porte une signature officielle renvoyant à leurs auteurs. Personne ne les revendique. En attendant, nous admettons que c’est l’œuvre barbare « d’individus non encore identifiés ». Les mobiles, revendications et desseins qui les animent attendent aussi d’être cernés. Majoritairement, nous leur prêtons tout de même un dessein cynique : celui de déstabiliser notre pays par la fragilisation progressive de ses institutions et le renversement à terme du pouvoir en place. Certains ont même crié à la guerre civile. Hâtivement cependant! On a aussi crié au terrorisme/terroristes sans distinguer. Pourtant les terroristes se reconnaissent globalement à leurs modes opératoires : attentats suicides, embuscades, prises d’otages, assassinats massifs et indiscriminés de civils…Ce qui se passe chez nous semble pourtant intégrer et déborder tout cela. On chasse l’Etat à travers ses représentants, on ne s’en prend aux civils que lorsqu’ils collaborent avec l’Etat, on menace, on intimide souvent…

Il y a donc comme un mélange de tout. Des actions et des modes opératoires qui font penser à la fois tantôt à des terroristes, tantôt à des grands bandits classiques, tantôt à des forces militaro-politiques ennemies… Nous devons en conséquence mettre tout cela ensemble. Du coup, on est fondé à penser qu’il ne s’agit pas que d’une entreprise de simple déstabilisation. Ça semble bien plus. Ces cyniques individus nous font et nous imposent une guerre d’occupation. Qu’ils soient alliés, coalisés, associés ou non, qu’ils partagent une communauté d’intérêts ou non, ces forbans semblent poursuivre un seul et même but : l’occupation !

Mais occuper pour quoi faire ? C’est là que peuvent transparaître la diversité de leurs intérêts mais qui n’enlève rien à l’unité ou en tout cas, à la convergence de leurs actions : l’occupation. A défaut pour eux de mutualiser leurs forces respectives, ils ne nous ferons assurément pas d’offrande en s’affrontant entre eux. Car en cas d’occupation réussie, chacun s’en tirerait à bons comptes. Et les bons comptes sont ceux qui font les bons amis. Ainsi, les terroristes s’en tireront à travers l’expansion et l’imposition de leurs idéologies obscurantistes. Les cartels de trafiquants de tous acabits et de toutes matières (cigarettes, hydrocarbures, armes, munitions, migrants…) s’en tireront en prenant le contrôle de l’économie locale. Il y aura aussi la possibilité de contrôle des ressources naturelles stratégiques (minières, fauniques…) Au-delà des enjeux culturels, religieux et économiques, il y a ce qu’on peut appeler enjeu militaire. Car pouvoir disposer d’un territoire qu’on régente, c’est avoir une inépuisable opportunité d’asseoir des bases et des cellules de recrutement, d’entraînement, de commandement et de combat pour conquérir d’autres territoires en d’autres pays.

Un peu comme au Mexique avec les cartels de la drogue ou au Mali avec les contrebandiers séculaires, ces criminels ne s’attaquent pas aux populations civiles à l’aveuglette. Ce sont généralement les malheureux civils pris pour collaborateurs du pouvoir légitime qu’on élimine. Pour le reste, les populations semblent pouvoir vaquer à leurs occupations pourvu qu’elles se conforment aux nouvelles règles édictées par les occupants. Derrière ces apparences, il est évident qu’ils ont aussi besoin de ces populations sur qui ils peuvent prélever par exemple des taxes diverses ou à qui ils vendront leurs produits de contrebande. Ils endoctrineront recruteront également au sein de ces mêmes populations… qui leur servent par ailleurs de bouclier contre les offensives des forces de défense et de sécurité.

Devant tous ces enjeux, nous devrons inévitablement répondre par la baïonnette. Mais pas seulement ! Nous devrons intégrer les autres dimensions de cette guerre en reconquérant à terme, les cœurs et l’esprit de ces milliers de concitoyens qui ploient déjà sous le joug de l’occupation. Ce sera une tâche ardue et longue. L’exemple du Niger, de la Libye, du Mali, du Cameroun, de la Mauritanie et de bien d’autres pays nous instruisent suffisamment.

 

Jean-Aurèle DRABO

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