Le Bac pour la police et à la gendarmerie : est-ce vraiment nécessaire ?

Il est ouvert au titre de l’année 2018 un concours de recrutement de 800 policiers. Fait nouveau de cette édition, seuls les bacheliers peuvent faire acte de candidature à ce concours.

Avant la police, c’est la gendarmerie qui avait relevé le niveau de recrutement au baccalauréat. Ainsi donc, le secteur de la sécurité qui constitue l’un des plus grands pourvoyeurs d’emplois dans l’administration publique abandonne les diplômés du BEPC au profit des bacheliers.

A priori, cette nouvelle donne est salutaire dans la mesure où elle permet que l’on ait désormais à faire à des agents d’un certain niveau, et donc d’une certaine capacité d’analyse et de compréhension. Cela, parce qu’il y a des tâches de policiers ou de gendarmes qui peuvent nécessiter un certain niveau de compréhension. C’est par exemple le cas de la police judiciaire, où il importe que les agents aient une capacité de compréhension plus élevé.

Pour autant toutes les tâches de police ou de gendarmerie nécessitent-elles ? A-t-on besoin d’avoir le BAC pour monter la garde ? A-t-on besoin d’un bachelier pour garder le domicile d’une autorité où une institution bancaire ? réguler la circulation ? Dans chacun de ces cas pas forcément beoin d’avoir le premier diplôme universitaire.

Il apparait dès lors qu’on va recruter des bacheliers à la police et à la gendarmerie, juste pour faire ce que qu’un titulaire du BEPC peut très bien faire. En effet, nul besoin d’un bachelier pour faire le piquet devant des domiciles des autorités ou devant des entreprises. En clair ce changement va fortement dévaloriser le baccalauréat qui est pourtant un haut diplôme eu égard au nombre de burkinabè qui le possède.  

Pour un pays aussi pauvre que le nôtre ce relèvement de niveau est juste inutile et inopportun. C’est d’autant plus un gaspillage que les corps habillés sont parmi les mieux rémunérés de notre administration publique. Imaginez un peu que qu’on soit emmené à dépenser par exemple 500 000 F par mois (estimation des salaires de deux agents de niveau bac des FDS) juste pour sécuriser le domicile d’une autorité. C’est vraiment du gâchis.

Au-delà de la question budgétaire ce relèvement de niveau pose un problème majeur à notre économie en ce sens qu’il réduit l’employabilité des milliers de burkinabè qui quittent l’école avant le Bac. En effet c’est près de 1500 postes par an désormais en moins pour les diplômés de niveau BEPC. Ce problème va encore s’aggraver dans les années à venir car le gouvernement et les syndicats de l’éducation sont pratiquement d’accord pour aussi relever le niveau de recrutement des enseignants.  Si la mise en œuvre de cet accord intervient, les milliers de diplômés du BEPC peuvent dire à dieu à un emploi dans la fonction publique.

A terme, le relèvement de niveau de recrutement pourrait avoir d’autres conséquences notamment une pénurie dans le vivier de bacheliers.  Notre système ne produit pas beaucoup de bacheliers par an. Au même moment, le marché de l’emploi regorgerait d’un trop plein de brevetés chômeurs. C’est donc un risque majeur de déséquilibre que les autorités font courir au marché de l’emploi.

YABSY RD

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