Vider les WC : Un business rentable !

Débuté avec une charrette en 2015, Monsieur BANDE Alidou est aujourd’hui détenteur de six (06) taxi-moto pour le transport des excrétas dans la ville de Ouagadougou et emploie vingt-quatre (24) personnes avec un chiffre d’affaire de 300 000 FCFA par jour.

BANDE Alidou est âgé de 38 ans. Il est père de 5 enfants et marié à deux femmes. Il habite le quartier de Tanghin et aujourd’hui gère une entreprise qui emploie 24 personnes. Revenu au Burkina Faso en 2013, il a commencé le travail de « Videur de WC » pour ne pas mourir de faim, selon ces propos. Un travail qui salit, et dans lequel le travailleur est perçu comme un très grand nécessiteux. Dans la ville de Ouagadougou, toutes les personnes rencontrées qui exercent ce métier sont des hommes venus des provinces ou des étrangers. Ils affirment tous faire ce travail par manque d’un autre métier. Ce qui les oblige à ne travailler que la nuit malgré les risques multiples et énormes.

Néanmoins, Monsieur BANDE en a fait un métier et exhibe même son titre de « videur de WC ». Débuté comme les autres, pour nourrir sa famille, aujourd’hui il est fier de pratiqué ce métier et dit ne plus avoir honte de rentrer dans les WC pour vider les excrétas car c’est un métier comme les autres.

Nos échanges avec lui ont révélé qu’après 5 mois de pratique, le travail de nuit en cachette est devenu un gagne-pain. La demande devenant de plus en plus forte, il a été obligé de travailler en journée et d’accepter son travail comme tout autre. Son abnégation à trouver son pain quotidien à la sueur de son front, a motivé un bon nombre de jeunes à lui emboiter le pas. Aujourd’hui, un peu partout dans la ville de Ouagadougou, nous retrouvons des jeunes en pleine journée qui vident les latrines et que l’on retrouve en soirée discutant ouvertement de leur journée de travail. Un travail selon eux qui paie son homme puisque les tarifs sont passés de 10 000 FCFA au moins  en 2015 à 35 000 FCFA au moins en 2017. Certains affirment même avoir vidé des fosses septiques à plus de 350 000 CFA.

La forte demande de la vidange des fosses septiques a fait de BANDE, un chef d’entreprise.

Il existe deux types de vidangeurs de fosses septiques. Les vidangeurs mécaniques et les vidangeurs manuels. Les vidangeurs mécaniques sont les vidangeurs qui utilisent les camions citernes pour aspirer le contenu des fosses septiques et les vidangeurs manuels sont ceux qui entrent dans la fosse septique pour vider le contenu. Monsieur BANDE est un vidangeur manuel. Il existe qu’au Burkina, les populations font de plus en plus appel aux vidangeurs manuels qu’aux vidangeurs mécaniques.

En effet, les fosses septiques à Ouagadougou sont considérées comme des poubelles. On y jette presque toutes les ordures ménagères. Les vidangeurs manuels affirment qu’on y retrouve des préservatifs, des boites, des couteaux, des chiffons, des habits etc. Ces ordures jetées dans les fosses septiques bouchent les tuyaux d’aspiration des camions citernes qui à chaque vidange ne va qu’avec le liquide laissant le solide dans la fosse. Ceci oblige donc les familles à faire appel de plus en plus aux vidangeurs manuels pour vider le solide.

Ayant compris que la demande était forte, Monsieur BANDE a eu le mérite de mettre en place, une entreprise spécialisée dans la vidange manuel et de valoriser le métier. Aujourd’hui, il emploie et encadre plusieurs jeunes dans 13 provinces du Burkina afin de leur apprendre les bonnes pratiques pour la vidange manuelle des fosses septiques.

La vidange manuelle nourrit son homme !

L’entreprise BANDE et Frères emploie 24 personnes constitués de 4 membres de l’administration et de 20 manœuvres. Il reçoit en moyenne 30 demandes de services par jour, et n’arrive à satisfaire que 6 à 10 demandes de service. Le tarif moyen par fosse septique curée étant de 35 000 FCFA son chiffre d’affaire journalier avoisine 300 000 FCFA, un chiffre supérieur à la moyenne du salaire mensuel d’un fonctionnaire au Burkina Faso.

Grâce à ce métier il est aujourd’hui propriétaire d’une villa de type F4, construite grâce aux économies cumulées durant l’année 2016.  Les ressources engrangées dans l’exercice de ce métier a fait de lui un acteur incontournable dans la chaine de valeur de l’assainissement et il tourne aujourd’hui d’atelier en atelier pour parler de son expérience.

L’action de cet homme est à inscrire dans les exemples de réussite de notre nation pour confirmer ce dicton qui dit : « Il n’y a pas de sot métier ! »

Van Marcel OUOBA

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