100% au CEP : voici la face cachée

En partenariat avec le Ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation, l’Assemblée nationale a organisé le 16 septembre 2018, une cérémonie au cours de laquelle elle a salué le mérite de 95 enseignants. Pour être parmi les lauréats il fallait tenir une classe de CM2 d’au moins 50 élèves qui a fait 100% au CEP édition 2018.

Maxime Sou, enseignant, gère une classe de CE2 de 132 élèves dans l’école Koua C de Bobo Dioulasso.

L’initiative avait reçu de nombreux avis favorables. En effet, quasiment tous les acteurs ont salué ‘’cette belle idée’’ portée par la Représentation nationale. Même les partenaires sociaux très souvent méfiants par rapports aux initiatives des autorités, semblaient conquis. D’ailleurs, Bonaventure Belem coordonnateur de la CNSE (syndicats), était à la cérémonie, et, a même été chargé de remettre à certains heureux élus leurs prix. Pour ma part, j’avais des réserves sur le choix de primer seulement les maîtres titulaires. Mais surtout, j’avais des inquiétudes quant aux conséquences possibles de telles récompenses, sur les pratiques pédagogiques.

Quelques jours après la rentrée, ce que je craignais est là. Oui l’effet pervers est bien là. Objectifs récompense

Le programme de la classe de CM2 est assez vaste selon les praticiens. Sans une grande assiduité, il est difficile de pourvoir l’achever sur la durée d’une année scolaire, surtout si l’année subit des perturbations. Ce faisant, les maîtres titulaires de la classe de CM2 ont l’habitude d’allonger  un peu la journée de travail. L’objectif étant de terminer le programme dans le temps imparti.

Mais, avec les récompenses des enseignants initiées par les autorités politiques, l’objectif change. Désormais, ce n’est plus le travail bien fait seulement qui est visé. Pourvoir intégrer la liste des récipiendaires en fin d’année. Donc, tous veulent pouvoir bénéficier d’une enveloppe de billets de banques, d’ordinateurs et pourquoi pas d’une motocyclette.

Le cas de l’école de mon fils

Comment parvenir ? j’ai pu constater la situation dans l’école de mon fils, élève en classe de CM2 dans une école primaire publique de la capitale.

D’abord, ses journées sont plus longues les cours commencent un peu plus tôt. « Le maître nous demande d’être en classe à partir de 7 h au lieu de 7 h 30.» A la fin de la journée l’enfant arrive de plus en plus tard à la maison. La raison est qu’il y a des leçons à recopier à la fin des cours. Ce qui rallonge et surcharge la journée.

En plus de tout cela, les enseignants ont eu la ‘’lumineuse’’ idée d’occuper les après-midis de mercredi et les matins du Samedi. Donc, désormais la semaine de l’élève de CM2 c’est du lundi au vendredi (matin et soir), et le samedi matin. En volume c’est au moins 37 heures de travail pour des enfants âgés de 12 ans en moyenne. Le mien a 10 ans. Pourtant, l’avis des chrono-biologistes est clair. Il faut une certaine organisation offrant des plages de repos aux enfants. C’est pourquoi la journée du mercredi au moins dans l’après-midi est consacré au repos au Burkina dans de nombreux pays. C’est aussi le cas pour le samedi matin.

L’objectif de la surcharge est clair. Finir le programme le plus tôt possible et consacrer le reste de l’année rien qu’aux exercices de type examen du CEP. En effet, les enseignants connaissent les types de questions susceptibles de venir à l’examen. Ils multiplient donc ces types. Les enfants sont appelés à répéter et répéter encore. Il n’est point question de compréhension. Ce qui est demander c’est pouvoir rendre. Au lieu d’être éduqués/instruits, les enfants sont plutôt conditionnés. Evidemment, pour l’enfant qui arrive à tenir le rythme le succès au CEP sera au rendez-vous.

Désamour, fatigue dégoût…,

Sans être expert, on peut imaginer les conséquences de telles pratiques. La fatigue, le dégoût, le désamour pour l’école sont autant de risques auxquels les enfants sont exposés. A long termes, les dégâts peuvent être désastreux. Vous remarquerez que le taux d’échec en classe de 6ème est d’environ 34% . Ce qui est dramatique.

Une affaire de gros sous

Hormis la volonté de se faire récompenser en fin d’année, les cours supplémentaires peuvent s’expliquer par un business très lucratif. En effet, l’équipe pédagogique de l’école de mon fils demande aux parents une cotisation de 5000F/enfant/mois, pour les cours du mercredi soir et du Samedi matin. Ce qui devrait être exceptionnel devient général. Ce n’est plus les enfants qui ont des difficultés particulières qui sont réunis pour la remédiation. C’est l’ensemble des élèves. Être premier ou brillant ne vous dispense pas. Les enseignants doivent se faire des sous. En effet, j’ai été me renseigner sur la nécessité des cours du mercredi soir et du samedi matin. « Les enfants ne travaillent pas. Si on ne fait pas ça, ils ne font rien à la maison » ; explique la directrice.

Oui sauf que le mien travaille très bien et n’a certainement pas besoin de ça. Mais que puis-je faire ? Est-ce que je peux demander à ce que mon fils ne participe pas à ces cours supplémentaires ? « C’est mieux de ne pas le faire ? si tu le fais l’enseignant va désormais négliger ton enfant. Il ne sera plus interrogé par le maître. » me prévient un ami enseignant. « Tu veux jouer avec le ”gombo” des gens ». S’il y a plus de 80 enfants (c’est le cas dans l’école de mon fils) tu imagines la cagnotte mensuelle ? Renchérit mon ami.

Du coup, je suis impuissant face à cette situation. Je ne peux que veiller à ce que l’enfant puisse se reposer au moins quand il est à la maison. Oui ! Le repos est aussi important pour tout processus d’enseignement/apprentissage.

De graves dérives

Pour maximiser les chances d’obtenir un taux de réussite de 100%, les enseignants seraient prêts à tout. Ainsi les premières semaines de l’année leurs permettent de détecter des enfants susceptibles d’échouer. Il est alors proposé à leurs parents de les présenter comme ”candidats libres”, ou alors de les considérer comme redoublants. Dans ce dernier cas, ils sont dans la classe mais ne sont pas candidats.

Aux regards de toutes ces dérives il faudrait que les autorités du MENA trouvent des moyens pour vérifier, et sanctionner les businessmen de nouvelle race. Autrement, dans le silence, de milliers d’enfants seront détruits par le système éducatif.

YABSI RD

 

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