Madame le Ministre la protection de l’enfant ne doit pas être de la propagande pour s’attirer de la complaisance ou de la sympathie politique

Le 17 décembre 2018 la presse en ligne ivoirienne koaci.com annonçait l’interception par les forces de l’ordre d’un véhicule en provenance du Burkina et transportant neuf (09) mineurs tous ressortissant du Ganzourgou. Ce phénomène même si les autorités burkinabè à travers le ministère de la femme veulent en faire un tapage n’est pas nouveau d’autant plus que une loi a été voté en 2008 et les agents de l’action sociale malgré la démission de l’Etat et le manque criards des moyens font face à la cette problématique qu’ils combattent dans  la limite du possible.

Le 08 décembre 2018 la direction provinciale de la femme de la solidarité nationale et de la famille du Zondoma interceptait seize (16) enfants en mobilité dans la province (la deuxième situation en deux semaines). Le 03 septembre 2018, 25 enfants dont 21 filles et 04 garçons ont été interceptés à Faramana dans la province du Houet. Ces deux exemples parmi tant d’autres qui n’ont pas eu d’écho dans la presse montrent que le phénomène de la traite des personnes existent et son combat ne fait pas partie des priorités de nos dirigeants qui n’attendent que des rares occasions pour faire du tapage médiatique.

Pour revenir sur le cas des enfants interceptés en côte d’Ivoire nous avons tous lu sur la page Facebook du ministère de la femme, une invitation adressée à la presse pour couvrir l’arrivée des mineurs rapatriés de la Cote-d’ivoire, victimes du phénomène de trafic d’enfants pour répéter les mots utilisés.

Il y’a lieu d’apporter une précision. Ces enfants sont victimes de traite qui, selon la loi N°029-2008/AN du 15 mai 2008 portant lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées : “(…) désigne le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil des personnes, par la force ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation” et non du trafic qui désigne le fait d’assurer, afin d’en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel, l’entrée illégale dans un État, une personne qui n’est ni un ressortissant ni un résident permanent de cet État.

Cette couverture médiatique en vue de d’alerter et de sensibiliser les populations sur le phénomène de la traite est un déplacement des problèmes. Au Burkina Faso le phénomène de la traite des personnes et pratiques assimilés est connu et encouragé par le laxisme et la démission des décideurs.

La Direction des Violences faites aux Enfants (DLVE) ne dira pas le contraire. Les rapports relatifs à ce phénomène sont transmis chaque année avec des recommandations qui sont sans doute ignorées après leur transmission.

D’ailleurs l’article 25 de la loi N°029-2008/AN du 15 mai 2008 portant lutte contre la traite et pratique assimilé consacre la création d’un organe national de vigilance et de surveillance en matière de lutte contre la traite des enfants. Cet organe a été mis en place par le décret conjoint N°2009-529/PRES/MASSN/MATD/SECU du 17 juillet 2009 avec ses démembrement au niveau local. Le constat sur le terrain vous dira que ces comités de vigilances n’existent que sur papier à cause du manque criard d’accompagnement. Ils sont nombreux ces préfets et maires qui ignorent l’existence de ce décret. Cet état des faits est la résultante pour un Etat qui se veut bon élève en ratifiant ou en adoptant des textes pour soit faire plaisir aux institutions internationales soit pour avoir des financements. C’est dire donc que la lutte contre la traite ne se fera pas à travers les médias mais en donnant la force et les moyens nécessaires (logistiques, matériels, financiers) aux agents de faire le travail.

Qu’est-ce que a été fait depuis que les rapports révèlent que la majorité des enfants en partance sur les sites aurifères du Mali, du Sénégal, de la Guinée et de la Côte-d’Ivoire sont des ressortissants du Ganzourgou? Pire, les enfants qui sont interceptés et retournés en famille avec le soutien financier des ONG sont laissés à leur sort, pour dire qu’ils sont dans l’obligation de retourner puisse que le mal qui a conduit à leur départ n’est pas guéri. A défaut ils deviennent les potentiels pensionnaires du centre d’urgence de Somgandé ou d’autres Centre d’Education spécialisée (INFPRO, MEADO, CERMICOL etc…). Un enfant qui est confié par exemple à une connaissance pour aller travailler sur les sites aurifères, s’il est retourné en famille suite à une interception doit forcément être suivi par les travailleurs sociaux, après son retour en classe ou son placement dans un centre professionnel ou chez un maitre artisan

La protection de l’enfant ne doit pas être de la propagande pour s’attirer de la complaisance ou de la sympathie politique, elle doit tenir compte de l’intérêt supérieur des enfants, un des principes directeurs de la convention relative aux droits des enfants.

El Bach

 

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