Yirgou : Au-delà du drame, il faut anticiper les radicalisations

Le théorème de Charles Pasqua, consistant à rendre illisible une affaire en créant des dossiers dans le dossier, a toujours été utilisé par des politiciens et personnalités embarrassés. Sur tout un autre angle, certains faits ont l’avantage de dissimuler d’autres situations souvent plus inquiétantes mais non apparentes. Les esprits simples restent très souvent focalisés sur le sensationnel, donnant ainsi le temps à l’ennemi de bien peaufiner son plan machiavélique.  

La tuerie insensée de Yirgou est de ce genre de situation. Au-delà de la condamnation et de la recherche de justice légitimes, elle doit nous amener à analyser, anticiper pour faire échouer le plan de l’ennemi. Ce qui nous guette est peut être plus grave que ce qu’on a déploré le 1er janvier 2019 à Yirgou.

En rappel, (curieusement) le même jour dans des pays voisins des assassinats ont concerné une communauté : les Peuls.

Au Mali, le 1er janvier 2019, « des hommes armés, habillés en tenue de chasseurs traditionnels dozos » pénètrent au petit matin à Koulongon (cercle des Bankass) et massacrent 37 personnes.

Au Burkina Faso, également, le 1er janvier 2019, des terroristes présumés font irruption à Yirgou (Centre Nord) et tuent sept personnes dont le chef du village de ladite localité. En représailles, les villageois s’en prennent aux éleveurs peuls de la zone, qu’ils prennent pour complices des terroristes. Bilan officiel, 46 morts. La coalition contre la stigmatisation des communautés avance un chiffre dépassant les 200 victimes.

Ces deux faits sont loin d’être le fait d’une malheureuse coïncidence. Ils  commandent que les sociologues, les anthropologues et les décideurs s’y penchent.

Un dialogue sincère…pour vaincre un mal insidieux !

De là où le terrorisme a prospéré, ses instigateurs et parrains ont toujours étudié les caractéristiques socio-anthropologiques de la zone avant d’agir : Analyser les faiblesses, identifier les ‘‘minorités’’ ou ceux présentés comme tels par d’autres communautés, instrumentaliser en dressant les uns contre les autres. Tout comme la colonisation a su diviser des familles, des communautés, des peuples pour des prébendes, il faut craindre que les mêmes formules ne soient utilisées pour les causes terroristes.

A fortiori, c’est faire preuve de mauvaise foi aussi, que de nier l’existence des disparités et des inégalités dans notre pays. Il convient donc de freiner leur élan destructeur par une éducation à l’acceptation de la différence et de la tolérance. « Quand la pluie vous bat, il ne faut pas vous battre » dit-on. Un dialogue sincère et républicain des communautés est nécessaire pour vaincre ce mal larvant comme un volcan.

Dresser nos SWOT pour bâtir une vraie nation

Le plus urgent est d’apaiser les cœurs, rechercher et punir les coupables de cette tragédie. Ensuite il faudrait comme le font les stratèges en entreprises, dresser nos ‘‘SWOT’’* (Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats) et y mettre le sérieux pour bâtir une vraie Nation qui mette ses filles et fils sur le même pied d’égalité aussi bien dans notre loi fondamentale que dans les faits.

Enfin tout ceci nécessite une véritable vision et une volonté politique pour y arriver. En effet, pour ce qui concerne le Burkina Faso, ce ne sont pas les productions intellectuelles sur ces questions qui manquent. C’est le cas de l’Etude Nationale Prospective (ENP Burkina 2025), avec ses scenarii et les référentiels stratégiques, n’attend qu’une mise en œuvre sérieuse.

Mindiéba OUALI

 

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*SWOT : outil d’analyse stratégique d’entreprise qui dresse les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces d’une situation dans le but de mieux éclairer une action.

 

 

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