Déclaration à la caisse de sécurité sociale : le rêve des gérants des dépôts pharmaceutiques

L’une des principales raison de la convoitise de la fonction publique au Burkina Faso est la garantie qu’elle assure au travailleur à travers précisément les cotisations que l’employeur (l’état) dépose à la caisse autonome de retraite des fonctionnaires qui lui fournit une certaine sécurité lorsqu’il est confronté aux risques vieillesse, survivants, incapacité, invalidité, chômage ou enfants à charge. 

La caisse nationale de la sécurité sociale prend en compte tous les travailleurs soumis aux dispositions du code du travail. Malgré les sensibilisations, force est de constater que plusieurs employeurs contournent ou restent silencieux face cette sécurité sociale au grand mépris du droit des travailleurs. Parmi les laissés pour compte figurent les ouvriers, les gardiens et gérants des dépôts dans plusieurs centres de santé à travers le pays.

Siège de la caisse nationale de la sécurité nationale à Ouagadougou

Le chômage et les faibles offres d’emploi dans le privé et la fonction publique obligent les jeunes à s’ouvrir à toute autre activité juste pour joindre les deux bouts. Cette forte main d’œuvre à moindre coût ignore ou néglige ses droits face aux employeurs qui en profitent aisément. Le régime de sécurité sociale destiné à protéger les travailleurs du public et du privé est donc bafoué par plusieurs employeurs sous le silence de l’Etat qui devrait assurer la protection à tout citoyen.

Des personnels de soutien dans les centres de santé, dont certains sont recrutés suite à un test lancé par les mairies, passent toute leur vie dans des calculs et le misérabilisme malgré le service qu’ils rendent à la nation. Des gérants des dépôts pharmaceutiques, les ouvriers, des gardiens comptabilisent plus de vingt ans de service sans une moindre sécurité sociale encore moins une augmentation de salaire.

Moi, gardien payé à 5000 fcfa le mois !

Selon nos informations, après le recrutement par les mairies, le salaire de ces agents est assuré par les comités de gestion (COGES) des centres de santé (CSPS, CM, CMA, etc.) et varie en fonction des recettes du COGES. Certains gardiens et ouvriers sont payés à 5000F ou 10000F par mois. Si ces derniers peuvent vaquer à leurs occupations dans la journée, les gérants des dépôts eux, sont sollicités à tout moment. A tel point qu’une heure d’absence du gérant pourrait occasionner des injures voire des représailles au grand mépris de l’initiative de Bamako. Celle-ci faisait entre autres, des gérants, des éléments à qui la communauté devait des services, par exemple l’entretien des champs. Le constat est tout autre. Les gérants des dépôts font partis des gens incompris. Un d’eux nous confie : « des usagers nous demandent d’aller chercher la monnaie lorsque nous n’en avons, comme si nous étions des commerçants. Le peu de temps que nous dégageons souvent pour nous rincer le corps, manger ou prier suffit pour essuyer des injures, des menaces de certains clients.»

Image illustrative d’un dépôt pharmaceutique

 

Ils sont rares ces gérants des dépôts et autres personnels de soutient à être déclarés à la caisse de sécurité sociale au Burkina. Pourtant, ils occupent une place importante dans la chaine de nos services de santé. Du gardien au gérant en passant par les manœuvres grâce à qui les locaux sont propres, c’est un travail formidable qui est abattu avec du mépris, le misérabilisme, la négligence comme récompense.

Gérer sa famille avec un salaire de 20 000 fcfa

Nous cherchons à comprendre comment un gérant qui a une famille arrive à gérer celle-ci avec un salaire de 20 000F par mois et ce après plusieurs années de service. Le garant de la caisse, celui-là même qui doit répondre lorsqu’il y a un problème de comptabilité, surtout avec la politique de gratuité des soins, peu importe que le vide soit créé avec la complicité du major ou du médecin chef du district (MCD).

« Des infirmiers recrutés avec le CEP, nous pourrissent la vie dans les centres de santé. Ils n’hésitent pas à nous dire que nous avons le choix de partir lorsque nous nous indignons de notre situation ou traitement. Imaginez un agent qui passe plus de 20 ans dans un dépôt sans la moindre déclaration à la caisse alors que les Agents de Santé Communautaires recrutés tout récemment  et qui ne font pas le tiers de notre travail sont déclarés et payés mieux que nous » confie notre source.

Les exigences de la caisse de sécurités sociales doivent s’étendre aux mairies qui assurent la tutelle administrative des centres de santé afin que ces agents dont la présence est indispensable puissent jouir de ce droit à la protection sociale.

Le  cri d’alarme

Tout en saluant la démarche de la section SYNSHA de Déou qui a inclus ce problème dans sa plateforme revendicative, nous lançons un appel à tous les Infirmiers Chef de Postes (ICP) et les MCD dont les centres de santés abritent des agents de soutien laissés pour compte à faire sien ce combat. D’autant qu’ils sont les premiers bénéficiaires d’une manière ou une autre des activités que mènent ces gardiens, manœuvres et gérants, comme c’est le cas des ristournes (fonds commun des agents de santé). L’appel va également à l’endroit du ministère de la santé et celui en charge du travail et de la sécurité sociale.

Toujours est-il que l’amélioration des conditions de travail des gérants des dépôts est un moyen efficace d’imposer l’indépendance des agents vis-à-vis de certains agents de santé, l’ardeur au travail et la lutte contre la corruption.

A la question de savoir sur comment les ristournes sont gérés, un gérant à laisser entendre : « (…) même les ristournes dont certains disent que nous bénéficions, c’est pour le nom seulement. Ceux qui en bénéficient réellement se reconnaissent.»

En rappel, le système de sécurité sociale au Burkina Faso ne couvre que deux types de bénéficiaires. Il s’agit d’une part de « tous les travailleurs soumis aux dispositions du code de travail lorsqu’ils sont occupés en ordre principal » et de leurs ayants droit, et d’autres parts les « salariés de l’Etat et des collectivités publique ou locales qui ne bénéficient pas en vertu des dispositions légales réglementaires, d’un régimes particulier de sécurité sociale » (article 2 de la loi 015-2006). Le premier groupe est affilié à la CNSS et le deuxième groupe à la CARFO.

El Bach

Un commentaire

  • Fayama Mahamadou

    Félicitations pour ce travail abattu. On espère que ça ne tombera pas dans l’oreille du sourd et que ces agents rentreront finalement de leurs droits

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