Terrorisme au Sahel: se focaliser sur le “tout militaire” est une réponse superficielle

L’année 2019 est marquée par une montée vertigineuse des attaques terroristes dans le Sahel. Le Burkina Faso et le Mali ont été les plus touchés au cours du dernier semestre de l’année. Les attaques se multiplient. Le phénomène n’est plus une maladie propre aux Etats du G5 Sahel. Il y a un grand un risque de contagion des Etats côtiers de la sous-région ouest africaine. C’est pour pallier cette urgence pressante, que la  Communauté économique ouest africaine a tenu un sommet extraordinaire le 14 septembre à Ouagadougou. Au cœur  des échanges, l’amélioration de la coordination sécuritaire entre pays membres. La réponse militaire est la plus mise en avance. Alors que  se focaliser plus sur celle-ci sans un regard critique sur les causes profondes  reviendrait à tourner  en rond, à faire du surplace.

Les chefs d’Etat de la CEDEAO rassemblés à Ouagadougou pour le sommet extraordinaire sur la sécurité, samedi 14 septembre 2019. © DR / CEDEAO

Les régions en proie à des attaques terroristes sont des zones qui bénéficient de peu d’investissement socio-économiques (rapport OXFAM Afrique de l’Ouest, juillet 2019). L’Etat est faiblement représenté dans ces zones. En témoigne la rareté des services publics de base comme les centres de santé, les écoles, les forces de sécurité. Les opportunités professionnelles pour les jeunes sont très faibles. L’activité économique principale est l’élevage, qui est touchée de plein fouet  aujourd’hui par les  effets du changement climatique.

 Cette situation socio-économique fait naître le sentiment de marginalisation et de frustrations sociales  chez  les populations locales. Elles se sentent délaissées, abandonnées par le pouvoir central. Les frustrations sociales vont  crescendo. Par son absence, l’Etat est vu comme un prédateur et non un protecteur. L’ensemble de ces facteurs  constitue  un terreau favorable pour les groupes terroristes. Ils tiennent un discours d’endoctrinement tout en faisant croire  à la construction d’une société juste et équitable par le fait de se rebeller. Dès lors, la radicalisation est perçue comme une révolution pour la naissance d’un ordre nouveau. Le phénomène prend un ancrage local au sein des communautés. Au vu de ces faits, répondre à cette “guérilla ” par un accent sur la bataille militaire équivaut à soigner une plaie sans prendre le soin d’en extraire le pus, elle ne cicatrisera pas.

Sans réponse adéquate aux urgences socio-économiques dans la zone, le bruit des canons n’arrivera pas à bout du mal. Le calme précaire sera toujours troublé par l’oraison funèbre des attaques terroristes. Il faut préciser que  les groupes terroristes se sont enduis de l’idéologie du djihad. Un subterfuge pour faire de la zone un “far West” total afin de mieux mener leur business de contrebandier. « Où fleurissent les groupes djihadistes, fleurissent les trafics de tout genre » disait le journaliste et écrivain Serge Daniel dans son livre “Les Mafias du Mali, trafics et terrorisme au sahel“. Plus cette bande de trafiquants étend ses tentacules dans une zone, la dessoucher devient une tâche de mammouth. Car une nouvelle dynamique socio-économique y voit le jour.

Couper le phénomène de ses raisons de succès

Pour parler sans fard, il faut dire que pavoiser dans le traitement “tout militaire” sans une résolution orientée vers la construction du durable  structurel, serait juste se flagorner.

Soigner les racines du mal sera de commencer par la réalisation et le renforcement de la présence de l’Etat.  Cette présence de l’Etat devra se manifester par l’effectivité de ses services régaliens : l’éducation, la santé, la justice,  l’emploi, la sécurité, etc.

La communication est l’arme la plus efficace en situation de crise socio-sécuritaire. Et  encore plus  dans celle que nous imposent les terroristes au Sahel. La horde de hors-la-loi  recrute sur  un fond de discours unilatéraliste. Le repère et le remède contre  ces discours d’endoctrinement et de radicalisation, résident dans  le développement  d’une communication de masse qui informe, mobilise et véhicule les valeurs de la diversité culturelle, du dialogue et d’appartenance à une nation. Le manque de dialogue inter-communautaire, de promotion du pluralisme culturel et des idées sont une passerelle fluide  pour les thèses  des djihadistes.

Pour vaincre, il faudrait qu’on commence par couper le phénomène de ses raisons de succès.

Harouna DRABO

                                                                                                                                               

                                                                                                                                               

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