Sécurité : recrutement des volontaires, une solution qui n’en est pas une

Suite à l’attaque d’un convoi de la mine d’or de SEMAFO à Boungou, dans la Tapoa, région de l’Est, qui a fait 38 morts et plusieurs blessés, bilan somme toute provisoire, le chef de l’Etat s’est adressé à la nation. Dans cette allocution, le président Kaboré a annoncé, en plus du deuil national de 72 heures, son autorisation pour le recrutement de volontaires dans les zones sous menace sécuritaire.

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, lors de son adresse à la nation le 7 novembre 2019

24 heures après Boungou, le chef de l’Etat a annoncé une mesure forte. L’armée est autorisée à recruter des volontaires pour faire face aux défis sécuritaires. Aussitôt annoncée, la mesure a suscité une levée de bouclier sur les réseaux sociaux. Entre rejet et acceptation, les commentaires vont bon train. Pour notre part, la mesure suscite surtout des questions.

L’armée est-elle en sous-effectif ?

L’hypothèse est difficilement tenable. D’abord, en plus du recrutement ordinaire,  un recrutement exceptionnel de 500 soldats est en cours. Ensuite, jusqu’à ce jour, des centaines d’éléments des forces de défense et de sécurité sont en mission sur divers théâtres d’opérations de maintien de la paix notamment au Darfour, Mali, etc.

Dès lors, s’il y a sous-effectif, la mesure urgente à prendre serait de demander le rapatriement des hommes offerts pour la sécurité d’autres pays. Car, on ne saurait participer à éteindre le feu du voisin alors que notre propre maison est en flamme.

 De même, il faudrait songer à rappeler les militaires qui sont employés à des postes qui, normalement sont dévolus aux civils. Plusieurs généraux sont ambassadeurs et ce n’est pas normal en temps de guerre. Ils doivent revenir justifier leurs étoiles sur le terrain du combat. Et s’ils sont performants pour des tâches pour lesquelles ils n’ont pas été formés, ils devraient l’être davantage pour les tâches auxquelles ils ont été formés pendant plusieurs décennies.

Pourquoi certaines zones seulement ?

Si pour une raison ou une autre, l’on est obligé de recourir à des effectifs supplémentaires (volontaires), ça devrait concerner tous les Burkinabè. Or, la mesure semble visée seulement des zones spécifiques. Notion de zone qui n’est d’ailleurs pas connue dans le jargon administratif burkinabè. Alors, quand l’unité du Burkina est menacée il faudrait appeler tous les Burkinabè au lieu de recourir seulement aux jeunes des zones attaquées. En plus, vouloir recruter des volontaires, c’est aussi ouvrir la porte de l’armée à ceux qui nous attaquent. Rien ne garantit que les groupes armés qui attaquent ne vont pas envoyer leurs éléments infiltrer les rangs des volontaires. Cette inquiétude est d’autant plus légitime qu’il y a des soupçons d’infiltration de l’armée régulière. Si l’on peut infiltrer une armée régulière, ce n’est pas des forces d’appoint que l’on ne pourrait pas infiltrer.

Et après ?

La question fondamentale c’est l’après victoire. Qu’allons-nous faire des éventuels volontaires après leur mission de sauvetage de la patrie ? La question s’impose d’autant plus qu’ils seront formés au maniement des armes de guerre. On ne peut pas récupérer les armes et dire aux volontaires recrutés de repartir à leurs occupations d’antan.  Dans ce cas le risque de voir certains se reconvertir dans le grand banditisme est énorme.

D’ailleurs, l’expérience à montrer que l’utilisation des volontaires a souvent créé des situations compliquées. L’exemple de la Côte d’Ivoire avec les patriotes de Blé Goudé est encore dans nos mémoires.

En définitive, s’il y a un besoin supplémentaire d’hommes au front, la mesure judicieuse serait de rappeler les hommes en mission hors du pays. Puis éventuellement, recruter des militaires, des vrais militaires, et les former efficacement pour la lutte antiterroriste.

Mais est-ce vraiment un problème d’effectif ? Il nous parait que la situation actuelle relève beaucoup plus d’un manque de compétence et de stratégie et de notre armée que de son effectif.

 Idrissa Sambaré

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