Couvre-feu dans la région de l’Est: Le choix du moindre mal

Depuis le 07 mars 2019,  toute la région de l’Est est sous couvre-feu. Par un communiqué du 06 mars 2019, le gouverneur de la région de l’Est instaurait un couvre-feu sur toute l’étendue de son ressort territorial. Dans ce communiqué, le couvre-feu couvrait la période du 07 mars 2019 au 20 avril 2019 de 19 heures à 06 heures du matin.

Une vendeuse de beignets qui espère vendre avant 19 heures, l’heure du couvre feu.

Si cette mesure était déjà perçue comme un frein à l’activité socio-économique de la région, beaucoup disait être prêt à supporter ses conséquences si cela ramènera la sécurité dans la région. Mais personne n’imaginait que cette mesure sera “pérenne”. Initialement prévu pour couvrir la période du 07 mars 2019 au 20 avril 2019, le couvre-feu a été prolongé par un communiqué du 16 avril 2019 pour un mois, puis par un autre communiqué du 06 mai pour un mois, puis par un autre communiqué de juin pour un mois puis par un communiqué du 05 juillet encore pour un mois et tout dernièrement par un communiqué du 04 septembre pour la période du 06 septembre au 04 novembre. Rien n’indique qu’il ne sera pas prolongé en novembre.

 Si la mesure contribue à freiner la percée terroriste dans cette région et d’apporter un calme relatif pour les habitants, ses conséquences sont palpables et il n’est pas rare d’entendre des bourdonnements. La seule évocation du terme “couvre-feu” fait des grincements de dents dans cette région du Burkina Faso. Un calme relatif contre une stagnation de l’activité socio-économique.

Il y a des plaintes

Sur le plan économique, certains commerçants ont mis les clefs sous la porte  et d’autres agonisent. Nous avons pu entendre quelques-uns d’entre eux. L. D. vendeur de poulets grillés nous raconte son calvaire :”avant le couvre-feu, je pouvais vendre entre 50 à 60 poulets par jour, je gagnais bien ma vie car je n’avais aucun soucis ni pour nourrir ma famille, ni pour les soigner et la scolarité de mes enfants, je la payais toujours à temps. Depuis l’instauration du couvre-feu, je ne peux même plus vendre 10 poulets par jour. Les ventes ne couvrent pas le tiers de mes dépenses. J’ai arrêté entre temps espérant reprendre quand le couvre-feu sera levé. Mais j’ai repris malgré moi, car il n’y a pas de perspective sur la levée de cette mesure. Si cela continue, je serai obligé d’aller ailleurs“.

TB. qui exerçait dans le transport nous raconte: « je suis transporteur dans la Tapoa et mon activité consiste à aller dans certains villages pour chercher des clients à destination de Fada N’Gourma. Au début du couvre-feu avec l’état de la route, je ne pouvais pas mener mon activité dans l’intervalle des heures de circulation autorisées. J’ai alors suspendu mon activité et j’attendais la fin du couvre-feu pour reprendre. Malheureusement je ne sais plus à quand cette mesure prendra fin. Bien que désespéré, je suis toujours dans l’attente de la fin de cette mesure pour reprendre mon activité“.

Le nombre de personnes souffrant des conséquences du couvre-feu et prêtes à donner leurs témoignages est énorme. Mais cela n’est pas nécessaire, car les conséquences du couvre-feu se constatent. Les élèves fréquentant les cours du soir ont vu leur année s’écourter en mars 2019 pour l’année scolaire 2018-2019. Les établissements ont purement et simplement supprimé ces cours du soir pour l’année scolaire 2019-2020. Les élèves du cours du jour déplorent un taux d’échec élevé dans la région du fait du couvre-feu.

Exit les cours du soir

De nombreux élèves ne disposant pas d’éclairage à domicile, l’éclairage public dans les établissements d’enseignement était d’un grand secours pour eux. Mais avec la mesure du couvre-feu, ils sont tenus de rester camper chez eux. Les agriculteurs quant à eux disent être privés d’un temps précieux pour travailler leur champs et les garder contre les ravages nocturnes.

 Bref tout le monde se plaint, la grogne est généralisée.

 Mais ne dit-on pas qu’entre deux maux, il faut choisir le moindre mal ? C’est alors le choix du moindre mal que d’accepter la mesure du couvre-feu. C’est le refrain des tenants de la mesure du couvre-feu. Cependant, il y a lieu de s’interroger. Cette mesure aussi indispensable soit-elle ne peut pas être aménagée pour tenir compte du cri de cœur des habitants de la région ?

Cela constitue d’ailleurs une nécessité. Pour paraphraser GANDI, quand la dernière pièce d’argent sera dépensée, quand le dernier grain de mil sera utilisé, alors les autorités régionales sauront que l’insécurité n’est pas le seul mal qui puisse détruire l’homme. Il est donc urgent de se pencher sur la question.

La piste de l’allègement

Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour amoindrir les effets de la mesure du couvre-feu sur les habitants de la région. Il faut exclure la levée du couvre-feu du fait de la persistance de la menace terroriste. Cependant, le couvre-feu peut-être légèrement allégé. Les quelques personnes que nous avons entendues, estiment que si le couvre-feu était prolongé à 22 heures 30 minutes, cela leur permettrait de mener convenablement leurs activités.

Deux heures de temps, juste deux heures de temps pour sauver toute une région, la région la plus vaste du Burkina Faso, de la morose économique et sociale. Le couvre-feu, c’est le choix du moindre mal, mais deux heures d’allègement, on se demande si cela est impossible.

Justin

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