Convention relative aux Droits des Enfants : Que retenir 30 années après son adoption ?

Déclaration de Genève en 1924, déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, déclaration de 1959, proclamation de l’année 1979 comme en année internationale de l’enfant et l’adoption de la convention relative aux droits des enfants (CDE) le 20 novembre 1989. Voilà le long processus enclenché en 1923 par la fondatrice de l’Union internationale «Save the children» Englentyne JEEB en faveur des enfants et qui a accouché d’un cadre règlementaire international de protection de l’enfant qui a connue l’adhésion de plusieurs pays à travers le monde. Quelles leçons tirer trente ans après l’adoption de la convention et sa ratification par le Burkina?

Le Burkina Faso a signé la CDE le 26 janvier 1990, soit deux mois après son adoption. Ratifiée le 31 Aout 1990, la convention est rentrée en vigueur le 30 septembre 1990. On pourrait  dire que c’est la traduction de l’importance que le pays accorde pour la protection de l’enfant.

La CDE est donc un accord que les Etats signent et qui les engagent à protéger les enfants. Ce 20 novembre 2019, le monde entier célèbre les trente ans de la CDE. Déjà, le ministre en charge de l’action sociale madame Laurence Ilboudo a livré un point de presse le 15 novembre 2019 à Ouagadougou pour présenter les acquis et les perspectives de la CDE 30 ans après son adoption. La cérémonie commémorative est prévue ce 20 novembre 2019 et sera marquée par le lancement officiel de la campagne de communication sur les violences faites aux enfants

 

Que retenir 30 après l’adoption de ce référentiel en matière des droits de l’enfant ?

La signature de la convention suivie de sa ratification a été une porte ouverte pour l’adoption de la charte Africaine des Droits et du Bien de l’Enfant (CADBE) adoptée en juillet 1990 par les Etats membres de l’Union Africaine.

Tout comme la CDE, le Burkina a été parmi les premiers à ratifier la CADBE. D’autres textes nationaux, régionaux et internationaux ont été adoptés par le Burkina. Cette batterie de textes en faveur de l’enfant a permis au pays de lutter contre certaines violences. Les efforts conjugués de l’Etat, des acteurs de protection de l’enfant, les ONGs ont permis par exemple de lever cette disparité entre sexe en matière de scolarisation des enfants.

 La politique de gratuité des soins des enfants de zéro à cinq ans et chez les femmes enceintes, même s’il faut l’a parfaire, est à prendre en compte dans les acquis engrangés en faveur de la protection des enfants. Les efforts du ministère de la santé et de ses partenaires intérieurs et extérieurs dans l’éradication de la poliomyélite et la réduction de la mortalité infantile prennent en compte l’un des principes directeurs de la CDE : la survie et le développement de l’enfant.

L’arsenal juridique qui protège l’enfant contre les violences, bien qu’il sommeille, a permis de lutter considérablement contre la traite des enfants, l’excision, le mariage des enfants, etc. Le parlement des enfants lui prend en compte les droits politiques de l’enfant. Il reste maintenant à lui donner toutes les capacités à plaider la cause de tous les enfants du Burkina.

30 ans après, des droits de l’enfant sont encore bafoués au Burkina

Malgré l’existence des textes, le constat révèle que les droits des enfants sont bafoués au Burkina. En matière de violence faite aux enfants, le ministre en charge de l’action sociale a indiqué lors de son point de presse qu’une étude a révélé les taux de prévalence suivants:

  • 2,4% de mariages d’enfants
  • 18% de mutilations féminines
  • 25,7% violences émotionnelles
  • 15,6% violences physiques
  • 3,1% violences sexuelles

Les droits des enfants sont baoués au quotidien par les parents, l’école, la société parfois sous le regard complice des acteurs de cette protection (parents, action sociale, Officier de police judiciaire PJ, juges, Ministre, président, …). Aujourd’hui encore la déclaration des naissances à l’état civil connait des réticences. La déclaration à l’état civil est un droit civil important marqué en lettres d’or dans les différents textes relatifs à l’enfant. Que dire de la non scolarisation des enfants ?

Le code des personnes et de la famille (CPF) dit clairement que l’obligation scolaire au Burkina couvre la période de 06 à 16 ans. Dans nos villes comme dans nos campagnes, ils ont nombreux les enfants qui ont cette tranche d’âge et qui n’ont jamais connu la route de l’école ni d’un centre de formation professionnel. On les retrouve le plus souvent dans la rue, les champs, les plantations, les sites aurifères, etc .…

L’Education est pourtant un droit de l’enfant. Les enfants en situation de rue est un exemple évident de la violation des droits de l’enfant par la famille, la société et l’Etat. S’il faut se féliciter de l’opération retrait des enfants en situation de rue, il reste beaucoup à faire car les enfants ne sont pas seulement dans les rues de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

A ce problème de l’éducation s’ajoutent les pratiques traditionnelles néfastes (PTN) avec les mariages d’enfant, l’un des cas qui occupent le plus les agents de l’action sociale dans plusieurs services sociaux. Le 22 octobre 2019, le tribunal de grande instance de Gaoua organisait une audience foraine à Kampti sur les pratiques d’excision. C’est dire donc malgré les grandes avancées en matière de lutte contre les MGF, la pratique demeure et fait des victimes.

Les violences physiques et sexuelles ne sont pas en reste. Sous l’appellation « crudité », «fresnies », des adultes «dévorent» sans honte ni crainte de la morale encore moins de la loi, les filles mineures. Certaines victimes sont même engrossées et délaissées à la merci de la société qui n’hésite pas à les culpabiliser. Elles sont nombreuses ces jeunes adolescentes qui ont abandonnée l’école pour fait de grossesses non désirées dont la responsabilité parentale est très vite rejetée. D’autres malheureusement s’adonnent à la prostitution.

La situation sécurité, une autre cause de violation des droits de l’enfant ?

Depuis 2016, le Burkina Faso face aux attaques terroristes qui ont vidés plusieurs villages de leur population dans les régions du Nord, de la Boucle du Mouhoun, du Sahel, de l’Est et du Centre-Est. Cette situation n’est pas sans conséquences sur l’éducation des enfants qui ont vu leurs écoles brulés et les enseignants chassés, enlevés ou assassinés par endroit. Les multiples assassinats dans les villages ont fait plusieurs veuves et orphelins qui attendront sans doute une action de la société et de l’Etat.

 

C’est bien beau d’être parmi les premiers à ratifier ou à adopter les textes, voter des lois pour faire plaisir aux institutions et partenaires financiers, mais il faut faire suivre ces adoptions et votes de pratiques.

 Appliquer les lois en les faisant respecter à tous les niveaux et dans tous les domaines qui concernent les enfants. En cela que l’Etat fera moins chômer les travailleurs sociaux qui débordent d’énergies et qui n’attendent qu’une prise en compte sérieuse du social dans les décisions et programmes de développement, y compris la protection et la promotion des droits de l’enfant..

El Bach

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *