A cœur ouvert avec Georgette

On ne cessera jamais de le dire « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » comme le stipule la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH).

Bien que tous les traités internationaux relatifs aux droits de l’Homme s’étendent aux personnes handicapées, ce vaste groupe de personnes continue de souffrir de discrimination et, souvent, ne jouit pas du respect de ces droits fondamentaux à égalité avec les autres. La Convention relative aux droits des personnes handicapées, elle, a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 13 décembre 2006 et est entrée en vigueur le 3 mai 2008.

Des pays africains tels que le Burkina Faso, le Bénin, la Cote d’Ivoire, la République du Congo l’ont signée.  Cependant, force est de constater que la pleine jouissance des droits humains fondamentaux par les personnes handicapées et leur participation active à la vie politique, économique, sociale et culturelle n’est pas une réalité. Nous vous invitons à découvrir l’interview de notre Wonder Mousso du mois de novembre 2019. Oui elle est handicapée et nous montre que le handicap n’est pas la fin de la vie.

 

Présentez-vous

Je suis Ackah Georgette Nelly âgée de 24 ans, mère d’une magnifique fille. J’étudie le marketing et le management  et je suis administratrice de la page  « Mon plus grand atout ». 

Quel est votre handicap ?

Handicapée depuis l’âge de 3 ans par accident et erreur médicale, j’ai une malformation au pied droit ce qui fait que je suis handicapée moteur.

Racontez-nous votre vie avec ce handicap

 Vous savez vivre avec un handicap n’est pas chose facile surtout quand tu te sens rejeté par ton entourage. Depuis toute petite ma vie n’a pas été facile parce que ce handicap était devenu un instrument de moqueries. A la base, je suis une personne qui ne se laisse pas faire ; j’ai toujours voulu être au-dessus de tout cela. Il fallait que je m’impose, que je montre que malgré mon handicap je pouvais faire des choses incroyables. Il fallait que je m’impose parce que je n’ai pas choisi cette vie mais il fallait que je la vive malgré tout car pour moi c’est une grâce

 Pensez-vous que si les langages et propos des personnes étaient moins dévalorisants, plusieurs personnes ayant un handicap ne se sentiraient pas marginalisées ?

Beaucoup de personnes ne mesurent pas leur langage vis-à-vis des personnes handicapées. La majorité des handicapés sont des personnes très fragiles et le handicap est un sujet très sensible pour nous. Je constate aujourd’hui que le mot handicap est employé en termes de moqueries. Il faudrait que nous-mêmes nous montrions que nous avons de la valeur. Plus on sensibilisera les gens sur ce sujet plus on leur fera comprendre ce que nous vivons. Je crois que les propos et les langages changeront et nous nous sentirons comme tout le monde.

Où et comment tirez-vous votre force pour affronter le regard des gens ?

Rire ! Je vis avec ce handicap depuis plus de 20 ans et depuis toute petite je voyais comment mes parents se battaient pour que je ne sois par marginalisée. Quand je me ressasse tous ces souvenirs j’avoue que cela me donne encore plus de force. Ma 2e source c’est le bon Dieu. Je me dis que le souffle de vie est un privilège et que si malgré ce handicap j’arrive à survivre alors il ne faudrait pas que je m’abatte sur mon sort mais vivre malgré tout. Pour ce qui est des regards des autres, j’avoue que je suis habituée.

Un message pour ceux qui pensent que le handicap est une raison pour mendier

Nous constatons que la population ivoirienne compte environ 85 517 personnes avec tout handicap confondu. Nous constatons un taux élevé de pauvreté au niveau des personnes handicapées. Aujourd’hui mon combat est de permettre l’inclusion, l’intégration et l’autonomie vis-à-vis des femmes handicapées. Car nous sommes dans un pays où nos droits et nos conditions de vies sont bafoués ; à peine si nous sommes acceptées en entreprise car pour eux, nous ne sommes pas très efficaces. Alors que si on prenait le temps d’examiner nos conditions de vie, je crois que beaucoup de gens sortiront de cette pauvreté.

Il faudrait retenir aussi que le handicap n’est pas un motif pour mendier, non ! Au contraire, il faut se battre pour survivre. Aujourd’hui, handicap rime avec pauvreté et mendicité. Le handicap est plus dévalorisé en Afrique qu’ailleurs. Avec un maximum de sensibilisation, je crois que les mentalités vont changer.

Quel message avez-vous pour les femmes en général ?

On parle d’autonomie de la femme, c’est un sujet très important car aujourd’hui les gens valorisent plus les femmes instruites. Nombreuses sont celles qui ont abandonné les études à cause de leur handicap. Laissez-moi vous dire une chose, un handicap n’est pas une fatalité, ni une malédiction. Il faudrait que nous soyons des femmes autonomes. Avec ce titre nous serons mieux valorisées. L’indépendance doit être la meilleure de mes vengeances face aux moqueries et critiques. Battons-nous chaque jour car c’est la seule chose que nous pouvons faire pour vivre dans ce monde.

Quel est l’objectif de la page Facebook que vous avez créée ?

J’ai créé une page que j’ai nommée « MON PLUS GRAND ATOUT ». Depuis des années, il y a des personnes qui m’approchaient tout en disant qu’elles aimaient ma joie de vivre et ma personnalité ; parce que pour elles je ne m’apitoyais pas sur mon sort. Cette page est dans un premier temps pour parler de mon vécu, pour dire que la vie n’est pas toujours rose malgré le sourire qu’on affiche. J’y raconte mes frustrations, mon histoire, ma vie pour montrer ce à quoi nous sommes confrontées chaque jour. Je suis aujourd’hui très heureuse de voir que beaucoup se sentent soulagées et édifiées. Je sais au fond de moi que ça ne sera pas facile, mais avec la persévérance et la foi, on finit toujours par y arriver.

 Quels sont vos projets sur le long terme ?

Mes projets à long terme,créer une association qui permettra l’inclusion, l’intégration et l’autonomisation des femmes handicapées. Permettre aux handicapés de bénéficier d’interventions chirurgicales et prothèse,  permettre la scolarisation de la femme handicapée.Organiser des ateliers afin de permettre à des personnes handicapées de raconter leur histoire et leur expérience.

Votre mot de fin

Il faut toujours considérer son handicap comme une marque, le handicap n’est pas une fatalité c’est juste que tout le monde ne peut pas tout avoir. Il faut toujours se donner de la valeur en se mettant en tête que nous ne sommes pas différents mais uniques.

Plus d’informations:

Situation des personnes handicapée au Burkina Faso

Les résultats de recensement général de la population et de l’habitation de 2006 montrent que 1,2% de la population porte un handicap, phénomène qui touche plus les hommes que les femmes avec respectivement 52,7% contre 47,3%. Dans leur grande majorité (80,6%), les personnes vivant avec un handicap se rencontrent en milieu rural contre 19,4% dans les centres urbains. Comparativement aux recensements de 1985 et 1996 où la proportion des personnes vivant avec un handicap se situait à 1,6%, les chiffres de 2006 (1,2%) montrent que le phénomène connaît une régression. Cette baisse est aussi bien constatée chez les hommes que chez les femmes. Selon la nature du handicap, ce sont les handicapés du membre inférieur qui sont les plus importants (23,4%), suivis des handicapés visuels (17,50%), ensuite des déficients mentaux (14,9%) et enfin des handicapés du membre supérieur (8,3%). Une forte proportion de la population vivant avec un handicap au Burkina Faso n’est pas instruite (85,5%). Parmi les personnes vivant avec un handicap qui ont reçu une instruction (13%), celles qui ont le niveau du primaire sont les plus nombreuses et sont à 43,0% d’hommes. Les personnes vivant avec un handicap sont également moins touchées par l’alphabétisation car elles ne sont que 12,5% à avoir en bénéficier contre 26,2% dans l’ensemble de la population.
C’est par ailleurs une population active à 43,5%. Une bonne proportion des handicapés actifs sont occupés à 48,0% comme travailleurs indépendants et sont plus présents dans le secteur des activités de fabrication (10,0%).
La responsabilité du ménage constitue une des charges sociales les plus importantes des personnes vivant avec un handicap actives qui représentent 2,2% de l’ensemble des chefs de ménage du pays. 12,4% de l’ensemble des personnes vivant avec un handicap des chefs de ménage sont femmes.
Dans l’ensemble, les données du recensement devraient permettre aux autorités compétentes d’orienter efficacement l’action de l’Etat dans la promotion économique et sociale des personnes vivant avec un handicap.

Wonder Mousso, parce que l’Afrique a aussi ses héroïnes

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