Crise sécuritaire au Burkina : À quel  jeu jouent  les politiciens ?

Il y a de cela 4 ans que le Burkina Faso fait face à une réalité nouvelle dans son agenda, les attaques terroristes. Ces attaques ont redoublé d’ampleur au cours de cette année 2019, semant chaos et désolation. Chaque jour qui passe, l’incertitude et  l’inquiétude se lisent sur tous les visages. L’hydre terroriste gagne du terrain. La lecture du tableau humanitaire donne froid au dos. Des milliers de populations abandonnent champs, cheptel et commerces.  Les populations dans les régions sous le feu des incidents s’entredéchirent. Ouagadougou, la capitale, frappée en plein cœur plusieurs fois par la horde, a enregistré sa première vague de déplacés internes au mois de juin dernier. Aujourd’hui, aucun lieu n’est sûr et rassure. Les digues de la nation sont entrain de céder. Pendant ce temps,  les politiques s’accusent mutuellement sur la paternité du malheur en lieu et place d’un langage d’unisson contre le mal.  À quel jeu jouent-ils  est bien évidemment la question qui taraude l’esprit du citoyen lambda. 

Des  déplacés internes, copyright lefaso.net

À la date du 02 Octobre 2019, 486.360 personnes étaient déplacées internes au Burkina. Ce chiffre pourrait atteindre 650.000 d’ici la fin de l’année. Les régions touchées par ce phénomène sans précédent sont le Centre-nord, le Sahel, le Nord, la Boucle du Mouhoun. Ce tableau de la situation nationale a été dressé par  le ministre de la Femme, de la Solidarité Nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire, Laurence Marshal Ilboudo, le 17 octobre 2019. Plusieurs provinces de ces régions demeurent sous état d’urgence, en vigueur depuis le 1er janvier 2019. À cela s’ajoute la fermeture de 1455 écoles. L’urgence est là, taire les divergences pour combattre  l’ennemi solitaire, qui se terre dans les tréfonds de nos terres.

Mais la majorité au pouvoir et l’opposition sont dans une logique de ping-pong

Les  deux dernières semaines de ce mois de novembre ont été riches en passe d’armes par presse interposée entre les deux « cathédrales » politiques. Tout juste aux lendemains d’un deuil national de 72heures suite à l’attaque d’un convoi du personnel de la mine d’or de SEMAFO SA à l’Est du pays, le remède miracle trouvé  par ceux qui gouvernent et veulent gouverner pour soulager  les douleurs fut les discours d’accusation mutuelle, d’explication et de recherche d’excuses. Cette recréation n’est pas un fait nouveau. C’est même devenu une habitude, donc une seconde nature. Ils disent tous parler au nom du peuple et pour le peuple. Pourtant, jusque-là, ce que le peuple leur demande n’est point des justificatifs du drame mais plutôt faire en sorte que la sécurité revienne dans les villages et hameaux de culture désertés. C’est bien le cri de cœur  strident qu’ont bien fait entendre  certains personnes déplacées internes. Une telle attitude de nos politiciens face aux enjeux et dangers du pays emmène à dire que leur priorité se trouve ailleurs. Certainement le regard scrute déjà l’horizon des échéances électorales de 2020.

Malgré le contexte de non maîtrise de la totalité du territoire, d’électorat en fuite, un vent de pré-campagne souffle dans le landernau politique.

À analyser  sous le prisme dialectique, on aboutit à une conclusion de pré-campagne au sein des état-majors des partis politiques. Les sorties de terrain sont bien calibrées sur la ligne de mire des échéances électorales à venir.

Bain de foule à Houndé du président de l’UPC, Zéphirin Diabré, 27 Octobre 2019, copyright burkinademain.com

Le président du parti l’Union  pour le Progrès et le Changement,  Zéphirin Diabré, par ailleurs chef de file de l’opposition affirme que cette visite à Houndé s’inscrit dans le cadre de sa tournée dans les 45 provinces pour une  revue des troupes. L’activisme est de rigueur chez le parti au pouvoir. Les cérémonies de lancement ou de réception de route se multiplient. Dira-t-on, que cela n’a rien à voir avec une éventuelle pré-campagne, juste une  réalisation des engagements du président et de la continuité de la vie de l’Etat. Mais l’allure de festivité à grande pompe populaire de ces cérémonies laisse apparaître la volonté de séduction des masses pour la présidentielle  qui s’approche à grands pas.  

Le Président du Faso Roch Kaboré à Bogandé pour le lancement des travaux de bitumage de la route Fada-Bogandé, 05 novembre 2019,  copyright Burkina24.

Pendant ce temps, l’insécurité va crescendo. Pas une semaine ne s’écoule sans une information d’attaque contre une position des forces de défense et de sécurité. Le défi humanitaire s’alourdit.  Le « ménage de monture » pour les élections  servira à quoi si l’éventuel électeur est dans la psychose permanente de passer de vie à trépas ou de sans domicile fixe? Une autre interrogation, cette fois-ci venant d’un  habitant de la ville de Djibo lors du passage du président de la Commission Électorale Nationale Indépendante, Newton Ahmed BARRY, dans la région du Sahel pour le lancement du renouvellement des démembrements de son institution, sonne comme une alarme de réveil : «  Des neuf communes de la province, il ne reste que Djibo et Arbinda ; il n’y a aucune autre commune fonctionnelle. Il faut que la quiétude revienne. Il faut que le gouvernement prenne la chose (l’insécurité) au sérieux. Moi, je me demande, en tant que citoyen lambda, ressortissant de Baraboulé, si réellement, Ouagadougou est au courant de ce qui se passe  ».

La stratégie du « ôte-toi que je m’y mette » et de « pourvu que je puisse décrocher un deuxième mandat » ne peut servir pendant longtemps. Trouver une réponse efficiente à la problématique sécuritaire reste le seul rempart pour le déroulement serein et pérenne  des agendas politiques.  Le vœu des Burkinabè aujourd’hui est le retour de la quiétude. C’est le postulat à tout dans une nation. Les vétérans politiques gagneraient à mettre cela au cœur de leur défi en lieu et place des bisbilles byzantines, de quête d’intérêt corporatiste.

Harouna S. DRABO

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *