Burkina : Le nécessaire combat contre la stigmatisation

La stigmatisation est l’un des ferments de l’incapacité d’une nation à garder ses fils et filles soudés. Le terrorisme joue à fond cette carte au Burkina Faso. Il est important de maintenir la pression pour que les verrous de la société ne sautent pas.

La stigmatisation, poison du vivre-ensemble – SIG

Yirgou a malmené le Burkina et a révélé l’une de ses plaies les plus honteuses. Ce genre de plaies qu’on garde sous les vêtements et qu’on ne veut pas montrer aux yeux des étrangers. Ce type d’infection qui vous fait extrêmement mal lorsqu’on appuie dessus et  qui peut porter la température de votre corps à  des hauteurs dangereuses.

Yirgou a révélé que le mal existe donc. Et qu’il faut le soigner. Les terroristes ont su jouer sur cette fibre détestable. Ils ont créé un précédent fâcheux. Et cela leur a permis de percer un trou dans la carapace du Burkina et par lequel ils recrutent leurs « combattants ». Quelle proie facile en effet que cet adolescent qui a atrocement perdu sous ses yeux ses parents sans que la justice ne daigne lever la main pour sanctionner les auteurs et  qui fait face à une approbation plus ou moins silencieuse d’une bonne partie de l’opinion dite de « son » pays ! Et que fera-t-il s’il se voit proposer de prendre les armes pour à la fois se venger et avoir de l’argent ? La réponse fait froid dans le dos.

Voilà pourquoi l’on assiste à des massacres innommables de populations dans plusieurs régions du pays. Des massacres qui ne sont pas revendiqués mais qui  vraisemblablement nourrissent ces sentiments diffus qui font du mal au tissu de la cohésion sociale.

Agir en public comme en aparté

Voilà pourquoi il est important que le gouvernement accentue davantage le travail de sensibilisation en posant lui-même des actes forts et de forte portée. Ne pas donner l’impression qu’une communauté est plus privilégiée qu’une autre et combattre chaque jour un peu les écarts. Le Président du Faso, Roch Kaboré, le fait bien déjà. La justice s’y met aussi avec la récente condamnation d’un étudiant ayant publié des choses peu recommandables sur les réseaux sociaux. Mais ce n’est apparemment pas suffisant. Il en faut davantage, surtout dans les propos et les actes en privé. Ces gestes ont nettement plus d’impact que ces discours prononcés en public.

Voilà pourquoi aussi les Burkinabè eux-mêmes doivent faire leur propre introspection. Faut-il juger une personne sur la base des actes qu’elle pose, les mots qu’elle dit plutôt que de se baser sur son patronyme, sa région, sa langue ? Le Colonel Gilles Bationo, Chef d’état-major de l’armée de terre, a déclaré le lundi 16 décembre 2019 lors d’un panel à Ouagadougou qu’il faut lutter contre la stigmatisation. L’accueil unanime qu’il a reçu sur les réseaux sociaux témoigne de deux choses : que le fait est vrai et que les Burkinabè semblent décidés à lutter contre. Pourvu qu’il en soit ainsi.

A.Z

 

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