Région de l’Est : La lutte contre le terrorisme sacrifiée sur l’autel du Covid-19 ?

Le 9 mars 2020, le Pr Claudine Lougué, ministre de la santé, annonçait lors d’un point de presse les premiers cas de coronavirus, faisant du Burkina le sixième pays africain atteint par la maladie. Très vite, les choses vont évoluer et faisant du Covid-19, la première priorité. Les écoles fermées, les transports suspendus, les marchés fermés, un couvre-feu instauré de 19H à 5H du matin, mise quarantaine des villes ayant enregistré des cas, etc. Du coup, les autres priorités telles que le terrorisme et la fronde sociale sont mises en hibernation. Dans la région de l’Est, la réponse de l’Etat se fait encore attendre face à la dictature qu’imposent les terroristes.

 

Alors qu’on s’attendait aux analyses et autres débats sur l’après célébration de la journée internationale de la femme, le Burkina s’est réveillé le 9 mars 2020 avec une mauvaise nouvelle. Le pays vient d’enregistrer son premier cas de coronavirus. Considéré par certains comme une rumeur ou une maladie des pays riches, le premier décès lié au coronavirus enregistré le 18 mars 2020 va détourner les regards vers cette maladie déclarée comme une pandémie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Désormais c’est le centre de riposte contre la pandémie qui retient l’attention de l’opinion. Le pays tout entier ressent cette douleur avec l’interdiction de regroupement, qui très vite va toucher les églises, les mosquées, les écoles.

Le terrorisme principal problème que vit le pays depuis 2016 semble être oublié même si les  soldats burkinabè sur le terrain restent sereins. L’espoir suscité par les victoires des forces de défense et de sécurité qui avaient fait reculer les attaques terroristes sera de courte durée. Dans la région de l’Est, les populations sont contraintes à vivre une double psychose du Covid-19 et le dictat des hommes armés  non identifiés.

Les populations regrettent déjà l’opération Otapuanu, qui avait enlevé en quelques mois la frayeur qui animait et terrorisait les citoyens. Comme des rats qui ont eu refuge dans un trou pour fuir un incendie, les terroristes  ont réapparu avec une virulence telle  une vipère blessée. La Tapoa et une partie de la Kompienga jusque-là épargnées par les attaques terroristes sont aujourd’hui le refuge  des extrémistes qui enlèvent, tuent, violent comme ils veulent. Malheureusement l’urgence imposée par le coronavirus rend inaudibles les cris de détresse des population. A se demander si le gouvernement entend ces cris de cœur.

Selon des sources locales, Nassougou et Tanwalbougou, tous villages du Gourma sont devenus un far-west où on égorge et viole en toute impunité. Le 16 mars 2020 en plein jour, le centre des personnes handicapées de Mahadaga dans la commune de Logobou, province de la Tapoa a été incendié par des hommes armés non identifiés et ce malgré plusieurs alertes restées sans suite. Rien n’a été fait pour sauver ce centre dont l’importance dans la province et dans le pays ne sont plus à démontrer.

Le 4 avril 2020, alors que le major du CSPS de Koualou, village situé à la frontière avec le Benin se rendait à Pama pour le ravitaillement en produit pharmaceutique, il a été enlevé avec l’ambulancier par les individus armés non identifiés sur l’axe Koualou- Nadiagou. Ils ont été libérés quelques heures après sans l’ambulance. Des sources témoignent que l’ambulance est utilisée comme moyen de déplacement par les ravisseurs. Le 11 avril 2020 aux environs de 16H, un camion (10 tonnes) en provenance de Tambarga a été arrêté par les individus armés non identifiés et ses occupants au nombre de huit (08) dont un pasteur ont été enlevés et restent jusque-là sans nouvelles. Il y a assez d’exemple dans les zones éprouvées par les attaques terroristes qui montrent l’absence de l’Etat avant même le covid-19.  

Le 10 avril, des assaillants ont envahi Kodjena dans la Gnagna où ils ont incendié quelques maquis, faire leur prêche avant de repartir librement d’où ils sont venus.  Des medias ont fait cas d’un blocus établi par les agresseurs de l’Etat  à Tankoualou dans la Komandjari pour empêcher l’entrée des vivres. Sur son compte facebook, Mamoudou Ouoba, ancien maire de la commune de Madjoari, interpelle les fils et filles de l’Est notamment les ministres et députés ressortissants de la région à plaider pour une intervention qui puisse soulager les populations dans cette partie du Burkina. Avant lui, c’est Pari Lompo, Président du Conseil Régional de l’Est himself qui a plusieurs fois levé la voix via son compte facebook pour interpeller l’autorité. Le 11 avril, il postait ceci : « Covid 19, Le ministère de la défense et celui de la sécurité devraient s’occuper aussi de l’autre front, l’insécurité. On risque de perdre des régions SVP».

Le Covid-19 occupe-t-il plus les autorités qui, malgré les cris de désespoir des populations en proie avec les attaques terroristes restent sourdes ? Il est impérieux de concilier les deux luttes dans la région de l’est visiblement coupée du Burkina avant même cette page sombre du coronavirus. Les populations ont besoin d’être rassurées et c’est le devoir de l’Etat d’assurer la sécurité à tous les Burkinabè sans distinction aucune. Pendant combien de temps la région de l’Est va encore demander le secours quand on sait qu’aucun choix n’est laissé aux populations éprouvées par l’insécurité de développer une résilience ?

 

El Bach

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