L’harmattan bat son plein en cette matinée du lundi 20 janvier 2020 à Houndé dans la province du Tuy. Les services, les commerces et autres lieux de travail commencent à se remplir petit à petit des travailleurs et des usagers qui viennent parfois des villages et hameaux de culture des différentes communes du Tuy. Dans une profonde ingénuité, certains parmi ces petits bouts de choux du village de Tiomboni dans la commune de Houndé dormaient encore. Elles ne pouvaient pas s’imaginer que le soleil qui vient de se lever laissera une tache indélébile qui va les marquer durant toute leur vie. Une vieille femme du village de Karaba cira qui avait à peu près deux fois l’âge de leurs parents, était attendue pour l’opération : la mutilation génitale féminine (MGF).

Toutes les filles ont été excisées au degré 3

 

On se croirait dans les années 90, où les filles et femmes étaient mutilées sans état d’âme. Plus de 30 ans après, au moment même où le Burkina est cité en exemple parmi les pays qui se sont résolument engagés dans la lutte contre les MGF, il est inconcevable que les filles continuent d’être excisées au mépris des textes et autres actions menées par le Secrétariat Permanent du Conseil National de Lutte contre la Pratique de l’Excision (SP/CNLPE) et ses partenaires.

Le 21 janvier 2020, la direction provinciale de la femme, de la solidarité nationale, de la famille et de l’action humanitaire du Tuy a reçu le signalement anonyme d’un cas d’excision dans le village de Tiomboni.

Très tôt dans la matinée du 22 janvier 2020, une mission a été diligentée dans ledit village. Le cas est avéré, neuf filles âgées de 01 à 05 ans souffrent encore du tourment laissé par les coups du couteau ou lames de la vieille dame. Dix personnes (les génitrices des neufs enfants et un monsieur qui serait le transporteur de l’exciseuse) ont été interpellées.

L’exciseuse, elle, a pris la clé des champs. Les victimes ont été déportées d’urgence au centre médical de Houndé. Là les agents de santé constateront que toutes les filles ont été victimes au troisième degré. Pour une somme de 2000 F CFA/enfant, les fillettes ont totalement perdu et le clitoris, et les petites et les grandes lèvres et ce, en quelques minutes. Certaines plaies présentaient déjà des infections.

Certaines plaies présentent déjà des infections

On se rappelle le 22 octobre 2019, lors d’une audience foraine tenue à Kampti dans la province du Poni, 24 prévenus dont un président CVD avaient comparu devant le tribunal de grande instance de Gaoua. Ceux-ci avaient écopé des peines allant du sursis à l’emprisonnement ferme.

En 2018, des exciseuses et leurs complices ont été jugés et condamnées à Fada pour avoir excisé des mineures dans un village de la commune de Kompienga.

Que dire de ce cas resté impuni de septembre 2018 avec l’excision de 19 filles dont la plus âgée avait 13 ans à Kari-Bonsa, un hameau de culture de la commune de Houndé.

 En son temps, les filles avaient été prises en charge et l’affaire s’est éteinte.

Le cas récent de Houndé doit interpeler tous les acteurs qui luttent pour la protection et la promotion des droits de la femme. Entre 2019 et janvier 2020, 26 filles de 01 à 13 ans ont été victimes d’excision à Houndé. Des cas restent malheureusement non signalés dans cette partie du Burkina.

 Au regard de tous actes, il y a nécessité de mener des actions de sensibilisation et de dissuasion  dans la province du Tuy. Par exemple, le cas enregistré le 20 janvier à Houndé pourrait servir de leçons avec une audience foraine.

 

L’excision est une mutilation génitale féminine qui consiste à couper partiellement ou totalement les parties génitales externes de la femme ou de la fille. C’est une pratique compromettante pour la femme et la fille qui a la peau dure et ce, malgré l’expérience du Burkina dans la lutte contre le phénomène.

 La pratique est punie d’un emprisonnement de trois (03) ans et d’une amende qui va jusqu’à 900 000F CFA. La meilleure manière de protéger les filles contre l’excision est la dénonciation préventive qui peut se faire de façon anonyme en appelant les numéros Vert 80001112, le 116 ou encore le 1010 ou approchant les services de l’action sociale.

El Bach

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