Il est loisible pour les Burkinabè, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, de chantonner fièrement que le Burkina Faso est un pays pauvre aux ressources naturelles très limitées. Dans cette logique, notre pays devrait donc être très rigoureux dans la gestion des maigres ressources et dans la réalisation des infrastructures publiques. Ne dit-on pas chez nous que le pauvre achète une chaussure qui dure et non pas celle qui brille ? Malheureusement cette sagesse ne s’applique pas au Burkina Faso.

En effet, de la longue gouvernance de Blaise Compaoré à celle de Roch Kaboré, la richesse du Burkina Faso en scandales financiers ne s’est jamais effritée. Dans son rapport de l’audit n-1 de la gestion 2017 remis au Président du Faso en janvier 2019, l’Autorité Supérieure de Contrôle d’Etat et de Lutte contre la Corruption (ASCE-LC) faisait remarquer que les indicateurs de bonne gouvernance des deniers publics sont en chute.  Il ressort de ce rapport que les montants cumulés des détournements et manquants de caisse, des dépenses sans pièces justificatives et autres malversations sont passés de 7,6 milliards en 2016 à plus de 10 milliards de F CFA en 2017. Mais en réalité, ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

A y voir de près, l’on peut affirmer sans risque de se tromper que la corruption est devenue un patrimoine national, jalousement entretenu à coups de milliards chaque année. En l’absence d’un vaccin et d’un traitement curatif, ce cancer a gagné toutes les sphères de la société burkinabè ; de sorte que l’odeur répugnante de la gangrène est devenue un doux parfum qui trône fièrement dans tous les palais de la république.

L’avènement de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre qui portait en lui tous les espoirs d’un enterrement définitif de ces pratiques repréhensibles avec surtout ce slogan sous la Transition : « plus rien ne sera comme avant !», ces espoirs ont pris une douche froide dans l’hiver glacial de décembre. Le politicien a repris les commandes du navire. Le tableau de bord caillassé et la vitesse à fond !

*Affaire villa cossue de l’ancien ministre de la défense Jean Claude Bouda,

*Affaire charbon fin de la société minière Essakane,

*Affaire location- vente des véhicules de la mairie,

Etc.

Faut-il alors désespérer ?

Si dans cette fulgurance de la corruption on note l’absence de volonté d’agir des gouvernants, l’on ne peut en dire autant de la presse d’investigation. Elle est montée en grade dans la révélation d’affaires de corruption, de détournements de deniers publics, de concussion, de malversations, etc. Les journaux d’investigation ont toujours pleinement rempli leur rôle : lever le lièvre de la corruption. Mais la justice qui tient le « gourdin » ; comme si elle manque d’énergie. La chasse, le plus souvent infructueuse. Mais comme l’a dit George Iles, « L’espoir est la foi qui tend sa main dans l’obscurité ». Dans cette obscurité de la corruption, la main de la bonne gouvernance et de la transparence a toujours été soutenue par la presse d’investigation et certaines organisations de la société civile. Depuis un certain temps, la justice a saisi, avec énergie, la main.

En effet, le Procureur du Faso Harouna Yoda a animé le 18 juin 2020, une conférence de presse d’envergure. « La conférence de presse de ce jour, ma première depuis ma prise de fonction en qualité de Procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou, vise à éclairer l’opinion publique sur certains dossiers ayant fait l’objet d’investigations suivies de poursuites judiciaires dans mon parquet. Il s’agit notamment des dossiers :

  • BOUDA Jean Claude, ancien ministre de la défense ;
  • Groupement de Sécurité et de Protection Républicaine (GSPR);
  • Agence Conseil et de Maîtrise d’Ouvrage (ACOMOD);
  • KABORE William Alassane, Directeur général adjoint de la Douane ;
  • Affaire 70 000 000 FCFA, en lien avec l’article de L’Evènement intitulé, « Poursuite Judiciaire contre le Maire de Ouagadougou, des magistrats sollicitent 70.000.000 de FCFA pour classer le dossier », a campé d’entrée de jeu le Procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouagadougou. Il n’a pas manqué de remercier, féliciter et encourager tous les médias notamment ceux d’investigation pour le travail abattu en dépit des difficultés.

Ce décollage de la justice contre la corruption sera- t- il dans les airs pour longtemps ? Est-ce un mouton de sacrifice pour permettre la réélection du président Kaboré ? Ces affaires seront- elles classées sans suite après la présidentielle et les législatives de novembre 2020 ? Les citoyens s’interrogent.

En affirmant dans sa déclaration liminaire qu’il est plus que jamais convaincu que les médias d’investigation républicains constituent un collaborateur incontournable de la justice et de l’Etat de droit dans le cadre de la répression des infractions économiques et financières, et qu’il s’engage à travailler avec ses collaborateurs à ce que l’effort consenti par les médias d’investigation ainsi que toutes les structures publiques ou privées qui luttent pour la bonne gouvernance dans notre pays ne soit vain, le procureur Yoda bonifie l’espoir d’un Faso qui mérite enfin son nom Burkina.

Maintenons donc allumée, la flamme de la lutte pour la bonne gouvernance, la transparence et la rédévabilité. C’est tout le monde qui y gagne.

Gabriel Kambou

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