La toile burkinabè s’est enflammée, et tous les états-majors des partis politiques avec, depuis qu’un rapport de l’Assemblée nationale a fait la proposition de détacher les élections législatives de l’élection présidentielle prévue pour le 22 novembre prochain. Ce détachement engendrera du même coup une prolongation du mandat de la législature actuelle. « Au regard d’une part de l’impact de l’insécurité dans les cinq (5) régions qui devraient pourvoir 52 sièges de députés, et d’autre part de la volonté de la classe politique à respecter le rendez-vous électoral légal, il est possible de trouver une solution intermédiaire à ces deux réalités qui paraissent inconciliables. Cette solution consisterait à procéder au report des élections législatives pour ne tenir que l’élection présidentielle le 22 novembre prochain… », c’est l’exacte proposition contenue dans le rapport et qui a occasionné ce lever de boucliers.

Les désapprobations numériques ont été tellement bruyantes que l’opposition politique qui a participé au processus (à travers ses députés à l’Assemblée) qui a abouti à cette proposition, s’est, la queue entre les jambes, démarquée de cette proposition. Cette opposition nous a servi la même salade chaude lors de la relecture du code pénal en 2019.

Après avoir approuvé la teneur des articles du code lors des travaux en commissions, elle s’était retractée officiellement le jour du vote quand l’opinion nationale a exprimé son désaccord avec certains articles du code.  Sur ce coup- ci, même les mouvanciers ont vite fait de retirer leurs mains de la soupe chaude pour crier leur opposition.

Et que dire du président du parti majoritaire, le MPP, qui à son tour désapprouve cette proposition ? Alors, d’où viennent les 105 députés sur 127 qui ont adopté le rapport ? Comment se fait-il que tous ces députés soient en désaccord avec leur base politique ? Nous devons savoir une chose : aucun groupe politique, majorité comme opposition n’aime le Burkina Faso. Ce sont leurs intérêts d’abord. Les politiciens ont une vérité ondoyante, une capacité d’indignation qui est fonction du contenu dans leur assiette. Ces volte-face nous prouvent à souhait la qualité de leur moralité et de leur honnêteté.

La question existentielle que nous devons nous poser est la suivante : le Burkina Faso dans sa situation actuelle peut-il organiser une élection nationale (présidentielle, législatives, municipales) où tous les Burkinabè de toutes les localités pourront librement voter en sécurité ? La réponse est NON.

       Plus d’un million de Burkinabè ne pourront pas voter

Du rapport de la tournée de l’Assemblée nationale dans les 5 régions les plus touchées par le terrorisme, il ressort ceci : dans la région de l’Est, 3 provinces sur 5 n’ont pas été enrôlées. Au Nord, deux provinces sont partiellement enrôlées.

 La région du Sahel quant à elle se retrouve avec 3 provinces sur 4 non enrôlées, le Centre-nord enregistre un très faible taux d’enrôlement dans les 3 provinces et dans la région de la Boucle du Mouhoun, seules 2 provinces sur les 6 ont été partiellement enrôlées. C’est donc au total un potentiel électoral d’un million huit cent vingt- neuf mille quarante- deux (1 829 042) personnes qui n’auront pas la possibilité d’accomplir leur devoir civique et de choisir librement leurs dirigeants.

Alors, si nous ne pouvons pas organiser des élections en ce moment où tous les Burkinabè en âge de voter peuvent voter en sécurité, qu’est-ce qu’on fait ?

Pour y répondre, il faille regrouper toutes les entités du pays autour d’un cadre de réflexion et de propositions. Ce travail patriotique aboutira à une feuille de route applicable et à même d’éteindre l’incendie. Nous pouvons le faire, et nous devons le faire si nous aimons notre pays. Et c’est là que nos chefs coutumiers et religieux seront d’une grande utilité pour la nation entière. Il leur reviendra d’organiser ce cadre afin qu’on ne prête pas à un camp politique l’intention de vouloir assouvir son appétit vorace. Ce qui est vrai.

Nous devons cesser d’appréhender chaque problème national sous le prisme des intérêts personnalisés ou de groupes. La solution à la crise actuelle dans notre pays ne viendra pas des politiciens, nous devons nous en convaincre. Rappelons-nous les déclarations de certains politiciens qui disaient : « Votez-moi en 2020 et je mettrai fin au terrorisme ». C’est comme cette belle fille qui est en train de se noyer et un soupirant lui lance : « Accepte d’abord que je couche avec toi avant que je ne te sorte de là » ! C’est ça la morale et la logique de nos politiciens. Ce pays est tellement beau et riche que nous ne devons plus laisser les seuls politiciens décider de son avenir. Notre pays est aujourd’hui plus que jamais à la croisée des chemins, et aucun politicien de la classe politique actuelle ne détient le GPS qui nous permettra de retrouver notre chemin, le vrai.

Usons de nos intelligences

Si donc, nous posons le débat des prochaines élections sous l’unique postulat de la prolongation du mandat des députés, perçue comme des avantages pécuniaires pour un groupe d’individus, nous faisons fausse route. Il faut que nos intelligences nous amènent davantage en eaux profondes pour extirper définitivement les racines de la jacinthe d’eau. Si nous restons dans nos niets numériques sans réflexion profonde, la réalité continuera à nous faire courber l’échine.

De tous les partis politiques qui ont pondu des déclarations pour dire non au rapport de l’Assemblée nationale, je n’en ai pas vu qui a fait des propositions concrètes sur le sort de ces millions de Burkinabè qui ne pourront pas jouir de leur droit civique : voter le 22 novembre 2020. Comment élire les députés des provinces où le vote n’est pas possible ? Quelles sont les propositions de la classe politique ? L’important n’est pas uniquement de dire non, mais surtout de faire des contre- propositions à celles que l’on réfute.

Nos hommes politiques, certainement c’est à nous, peuple du Burkina Faso, de les obliger à quitter leurs déclarations climatisées depuis Ouagadougou pour se rendre sous le soleil de la réalité à Djibo, Kelbo, Pensa, Nassoumbou, etc. Cet écrit n’est pas une onction au rapport de l’Assemblée nationale, mais une invite à une analyse plus profonde, une gestion responsable et patriotique des défis existentiels du moment.

Gabriel Kambou

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