Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, dans son programme national de développement économique et social (PNDES), promettait de faire des forces de défense et de sécurité, une institution républicaine et performante au service du peuple. Après quatre années de lutte anti djihadiste et à quelques mois de la fin de son mandat, les Burkinabè se sentent-ils en paix ? Quel bilan peut-on faire sur la gestion sécuritaire du chef de l’Etat ?

Assurer la sécurité des institutions, des personnes et des biens est du ressort de l’Etat. Mais 56,2% des Burkinabè ne sont pas satisfaits de la gestion de la situation sécuritaire. C’est ce qui ressort d’un sondage effectué en juin 2020 par le Centre pour la Gouvernance Démocratiqu (CGD).  Les personnes sondées estiment que l’armée est sous équipée et peu formée pour faire face aux menaces terroristes.

Zephirin Diabré, président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et Chef de file de l’opposition burkinabè pense que « Nous sommes arrivés à un point où l’existence même du pays est en jeu ».

Mais le président du Faso, Roch Kaboré, reste optimiste. Le 20 août 2019, il déclarait sur son compte twitter:« Le Burkina Faso ne cèdera pas une partie de son territoire, dussions-nous tous y laisser notre vie ».

Malheureusement le discours politique est bien loin des réalités sur le terrain. Une partie  du Sahel, de l’Est et du Nord du pays qui accusait déjà de nombreuses faiblesse au-delà  de la productivité des secteurs économiques, de la vétusté ou de l’inexistence des infrastructures vétustes, de la couverture des besoins sanitaires, de la scolarisation, de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, est aujourd’hui sous le contrôle djihadiste. Cette situation est difficile au point que le 18 juin 2020, le Président du Faso a dû préférer l’option aérienne plutôt que l’option terrestre pour effectuer une visite, de quelques heures et sous haute sécurité, à Djibo dans la province du Soum.

Depuis 2016, l’insécurité ne cesse d’avoir des impacts aux plans humain, social et économique

Ouagadougou, capitale du pays, a été frappée en plein cœur à trois reprises et de façon meurtrière. Il s’agit des attaques terroristes du restaurant Cappucino et de l’hôtel Splendid le 15 janvier 2016, du café restaurant Aziz Istanbul le 13 aout 2017 et l’Etat-major Général des Forces armées nationales le 2 mars 2018.

Mohamed Ibn Chambas, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest indiquait devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU que le nombre de tués au Burkina Faso est passé d’environ 80 personnes en 2016 à plus de 1800 en 2019.

A la date du 30 janvier 2020, le professeur Stanislas Ouaro, ministre de l’Éducation annonçait: «…nous enregistrons 2 369 établissement scolaires fermés affectant 325 245 élèves et 10 408 enseignant avec 623 établissements endommagés. »

«… Je voudrais rassurer tous les déplacés internes de l’engagement déterminé du Gouvernement à créer les conditions de leur retour dans leurs localités respectives, dans la sécurité et la dignité. », avait promis le Président du Faso dans son discours lors de la célébration des 59 ans d’indépendance du Burkina Faso en décembre 2019. Mais que devient cette promesse du Président ?

En fin avril 2020, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estimait à 848 000 personnes déplacées internes au Burkina Faso.

Selon le réseau d’alerte de l’USAID, Fews Net ( Famine Early Warning Systems Network), l’insécurité a fait chuter la production agricole de 70% dans le nord du Burkina en 2019. Dans le Plan de Réponse humanitaire 2020 du Burkina Faso, il ressort que 1, 2 millions de personnes sont touchées par l’insécurité alimentaire.

Pour faire face à la situation, de nombreuses mesures ont été prises.

Sur le volet militaire, différents changements ont été opérés à la tête du Ministère de la Défense, de l’État-Major Général des armées, les opérations militaires et les Etats d’urgence décrétés dans les différentes régions durement touchées par l’insécurité.

Sur le volet développement social, le gouvernement a mis en place le Programme d’Urgence pour le Sahel (PUS) dans les régions du sahel et du Nord du pays. L’objectif est d’investir pour répondre aux besoins de base de la population afin d’améliorer sa résilience face à l’insécurité. Si le PUS prend fin en Août 2020, comme prévu, sur le terrain, les réalisations prévues sont invisibles. Les populations vivent toujours dans des conditions chaque jour un peu plus alarmantes.

Face à cette situation, plus de 50,6% de la population ont perdu toute confiance par rapport à la tenue de l’engagement du Président quant à la gestion sécuritaire durant son quinquennat. 

Le chef suprême des forces armées nationales reconnait la complexité de la situation sécuritaire. Estimant que la culture de la défaite ne fait pas partie des valeurs sociétales de notre peuple, il a appelé les Burkinabè à garder espoir : « …La guerre contre le terrorisme est une guerre de longue haleine. Et dans cette guerre nous gagnerons des batailles, nous en perdrons, mais l’important est que nous puissions gagner la guerre. ».

Rodrigue SEKONE

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