Le Burkina Faso a pu tenir le 22 novembre 2020, les élections couplées présidentielle et législatives en dépit des conditions sécuritaires et sanitaires difficiles. Il convient de rappeler que ces élections ont pu se tenir grâce à un « deal » politique entre majorité et opposition politique. Ces deux adversaires ont su s’accorder pour se tailler un gâteau à la hauteur de leur appétit.

On le sait tous, le Burkina Faso est en proie à une insécurité grandissante depuis 2015. A ce jour, ce sont plus de 1200 Burkinabè qui ont perdu la vie du fait de ces attaques terroristes. Au nord, au Sahel et à l’est du pays, ce sont des localités entières qui ne sont plus sous le contrôle effectif du pouvoir central. Il est donc clair qu’en l’état, il est impossible de tenir des élections dans ces localités sous contrôle terroriste. Alors pour s’en affranchir, la classe politique dans son ensemble va opérer « un coup d’Etat contre la démocratie et la cohésion sociale », pour reprendre la qualification du député Aziz Diallo. En effet, le 25 août 2020, 107 députés sur 120 ont voté un projet de loi modificatif du code électoral qui permet entre autres d’exclure les localités à fort risque sécuritaire des prochains scrutins électoraux au Burkina Faso. C’est ainsi que le double scrutin du 22 novembre 2020, la présidentielle et les législatives, ne s’est pas tenu dans ces zones durement touchées par les attaques. En tout, 1 318 bureaux de vote sur les 21 154 au niveau national n’ont pas ouvert le jour du scrutin ; soit 6 % du corps électoral. C’est un fait inédit dans l’histoire politique de notre pays.

Les résultats provisoires qui ont été proclamés par la CENI le 26 novembre 2020 portent en eux la marque indélébile du caractère grossier de l’arrangement politique mal ficelé par nos politiciens. Le président sortant Roch Marc Christian Kaboré a été réélu au premier tour avec seulement un million six cent cinquante-quatre mille neuf cent quatre-vingt-deux (1 654 982) voix. Avec une population totale de plus de 20 millions d’habitants et un potentiel électoral de plus de 10 millions d’habitants, c’est seulement une minorité d’un million et demi qui impose sa volonté à l’écrasante majorité. Certains députés à l’Assemblée nationale ont même été élus avec moins de 1000 voix. Ces élections, il faut le dire, manquent d’élégance et de légitimité au regard des chiffres. Il nous faut repenser notre démocratie afin de lui redonner ses lettres de noblesse afin qu’elle puisse réellement être l’expression de la vraie majorité. Cette démocratie minimaliste que nous avons actuellement ne fait honneur à personne. Elle n’est rien d’autre qu’une dictature de la minorité sur la majorité de la population totale du Burkina Faso.

De nombreux obstacles parsèment le chemin qui mène au firmament démocratique où le peuple dans sa majorité exerce sa souveraineté. Des documents de votation à la qualité de la politique qu’exercent nos politiciens, en passant par les pesanteurs socioculturelles, la maturité politique, etc. sont autant de nids de poules sur l’autoroute de la démocratie burkinabè. Il faut donc une concertation honnête et inclusive pour redéfinir les bases de notre démocratie, une démocratie à même d’impulser un développement véritable, équitable et profitable à tous les fils et filles du Burkina.

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