Institués en janvier 2020, par une loi, les volontaires pour la défense de la patrie ont, entre autres, pour but de sécuriser les villages dans lesquels l’armée régalienne n’arrive pas. Le maillage sécuritaire du Burkina est en effet très peu étoffé. Les forces de défense et de sécurité sont absentes dans 36% des communes, avec un ratio de personnel de sécurité de 1/758 alors que la norme internationale est de 1/400. Mais seulement un an après leur institution, les VDP sont pris entre deux feux aux forces de vents contradictoires.

Selon un rapport de l’Assemblée nationale, 2000 VDP sont déjà recrutés dans les trois régions militaires, dont la moitié est armée. A terme, ce sont plus 11 000 VDP qui seront enrôlés. En attendant, ces volontaires ne font pas l’unanimité et ont leur lot de souffrances.

Dans la région de l’Est, les VDP sont persona non grata. Leur recrutement dans la Zone n’a d’ailleurs pas fait l’objet d’un engouement particulier dès le début, à cause d’une faible compréhension du concept au sein des populations et des maires. Et même après 13 mois d’existence, les VDP n’ont toujours pas bonne presse. La raison tient dans les abus dont ceux-ci ont fait preuve, tentant d’effectuer des actes de police, alors que la loi qui les institue le leur interdit.

Dans le Plateau central par contre, précisément à Kongoussi, les VDP sont à bout de souffle. Ces derniers manquent de moyens (financiers et logistiques prévus par la loi) et se font entretenir par les bonnes volontés de la ville comme les commerçants. Ce qui rend leur capacité de riposte en cas d’attaque difficile. Le principal groupe de VDP de la ville confiait à BF1 n’avoir pas reçu leur dotation financière de 200 mille francs CFA depuis des mois. Bonjour la précarité et les abandons de postes dans le mieux des cas.

Curieusement, un an après, le Centre national pour la coordination du mécanisme d’alerte précoce et de réponse, indiquait avoir remis un rapport d’étude commandité par le gouvernement sur la situation sécuritaire dans la région de l’Est. Ce rapport stipule que les populations de la région souhaitent l’accroissement des capacités des FDS et l’installation des VDP dans chaque village. Cette étude a été menée en 10 jours selon Dieudonné Ouattara, membre du centre d’étude. Cette contradiction entre le rapport de l’Assemblée nationale et celui commandité par le gouvernement laisse perplexe. Le gouvernement et l’Etat veulent-ils tabler sur les VDP, et laisser la région aux mains des VDP faire le travail à sa place dans la région ? Ou s’agit-il d’une opération de légitimation des VDP pour gagner des points par rapport aux promesses de campagne sur la sécurité ?

Des centres de recherches sur la sécurité comme le GRIP ont fait part de leurs inquiétudes sur les risques d’armer des civils dans un contexte qu’est le nôtre. Compter sur des civils peu formés alors que des FDS sont souvent accusées d’exactions et de viol des droits humains est un pari risqué, quand bien même les résultats seraient apparemment positifs à bien des égards. L’on se demande aussi si la question des VDP a été bien mûrie avant d’être portée sur la table, quand on sait le contexte d’urgence qui a prévalu leur création. Au demeurant, nous espérons que c’est le cas et que des mécanismes de démobilisation ont été prévus le jour où tout cela sera derrière le Burkina Faso.

Méda

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