Face à d’intenses attaques terroristes, l’Etat burkinabè a confié une partie de la défense de son territoire à des civils armés, appelés Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Un an après la promulgation de la loi, les milliers de citoyens burkinabè qui se sont enrôlés dans ce corps de « défense de la patrie » sont dans la démoralisation. L’Etat ne remplit pas ses engagements vis-à-vis d’eux. Le spectre d’une éventuelle démobilisation des VDP est réel. Un éventuel retour des VDP « à la maison » ouvrira la voie à un horizon d’incertitudes dans la sécurisation des zones en proie aux violences terroristes.

Suite à l’attaque contre le convoi des travailleurs de la mine de SEMAFO, l’une des attaques terroristes les plus meurtrières du pays, le président du Faso a ordonné «le recrutement de volontaires pour la défense dans les zones sous menace».  C’est un appel à la mobilisation générale des fils et filles de la nation pour vaincre « les meurtriers, sans foi ni loi ». Pour ces burkinabè qui ont répondu à l’appel de la patrie, le gouvernement prévoit via le ministère de la défense nationale une formation de 14 jours, un équipement militaire, une prise en charge des soins de santé, un prime d’invalidité permanente, une prime forfaitaire de décès et un appui financier mensuel d’un montant de 200.000 FCFA par groupe de VDP.

                                            L’appui de l’Etat est presqu’inexistant

Le constat sur le terrain est tout autre. Les volontaires sont abandonnés à eux-mêmes. L’appui de l’Etat est presqu’inexistant. En témoigne, le reportage « Quand l’Etat abandonne ses combattants » du journaliste Remi Lambert Nebié dans la province du Bam. Des VDP sont obligés de s’auto-armer, s’auto-former et compter sur la solidarité des commerçants pour survivre. Pourtant, il n’est pas nécessaire de se servir d’une loupe ou de jumelle pour voir l’impact de la bravoure de ces auxiliaires pour la défense.

Grâce à leurs actions, les villages « fantômes » sur l’axe Kongoussi-Namssiguia sont de nouveau repeuplés. Des populations déplacées ont pu regagner leurs hameaux de cultures. De même, dans la commune qui « souffre le martyre » Arbinda, les groupes armés ne sont plus les maitres absolus des lieux. Par le biais des faits d’armes des VDP, les habitants renouent peu à peu avec le goût de la liberté de circuler et de vivre. Là encore, l’Etat reste fidèle au non respect  des engagements. Selon le maire Boureima Werem, « les Volontaires pour la Défense de la Patrie d’Arbinda n’ont pas encore reçu un centime de l’état ». Ce comportement super paradoxal du pouvoir central n’est pas sans conséquences.

                                   Il faut éviter d’annihiler les efforts de guerre

Face au comportement « pied de grue » des autorités, l’éventualité d’une démoralisation des VDP suivie de démobilisation progressive est sérieuse. Ce vide peut occasionner une recrudescence des attaques terroristes, le contrôle systématique à nouveau de certaines zones par les groupes terroristes, un flux massif de déplacement des populations locales.

 L’autre équation à résoudre est l’avenir de ces anciens « soldats citoyens ». Il est de notoriété publique que les initiatives d’auto-défense échappent très vite au contrôle des autorités publiques. Rappelons que décider de déléguer la gestion de la sécurité aux civils, on ouvre la voie à toutes les formes d’abus du pouvoir. Les groupes d’auto-défense, chouchous des communautés au début, sont très prompts à suivre leurs agendas personnels.  Le cas école d’« An da sagou » au centre du mali est encore vivant dans les mémoires. Ils deviennent parfois les nouveaux acteurs de la spirale des violences intercommunautaires.

Il faut éviter d’annihiler les efforts de guerre. Le gouvernement doit vite prendre les mesures nécessaires pour le respect des dispositions de la loi portant création des Volontaires pour la Défense de la Patrie. Egalement, prévoir un plan DDR (Démobilisation – Désarmement-Réinsertion) de ces combattants après la guerre contre le terrorisme. Un civil armé redevient difficilement un simple citoyen lambda.

 Balazando

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