La réconciliation nationale sera le maitre mot du second quinquennat du président Roch Marc Christian Kaboré. Une épreuve pour la démocratie.

Lors de son meeting final à Ziniaré, en novembre 2020, Eddie Komboigo a déclaré qu’après son élection à la fonction du président du Faso, il prendra son avion pour aller chercher Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire. On le sait, la réconciliation nationale a été l’un des thèmes les plus évoqués lors de la campagne présidentielle. Chacun le martelait comme bon lui semble, lui donne le contenu qu’il veut. L’essentiel c’est de toucher la sensibilité des Burkinabè. 

Cette question de la réconciliation nationale aura été le mot clé d’une partie de l’opposition, durant le quinquennat. Même si la majorité donnait de la voix et exprimait aussi la nécessité d’aller à la réconciliation nationale, en tant que parti au pouvoir, rien de concret n’a été dit. Le président Roch Kaboré va dérouler en octobre 2020, une excellente communication politique au timing intriguant sur la question. Il accorde un entretien à RFI et France 24 au palais de Kosyam, diffusé précisément le 15 octobre 2020 (quelle date !!!). Le président Kaboré se dit disposé à organiser le retour de Blaise Compaoré dès le premier semestre de l’année 2021. Bien évidemment, à quelques jours de la campagne électorale, cette annonce est perçue comme une déclaration à but électoraliste. Roch Marc Christian Kaboré est réélu, il forme un gouvernement et crée un ministère d’Etat chargé de la réconciliation nationale et la cohésion sociale, confié à son challenger, Zéphirin Diabré. Tout logiquement, on peut dire que Roch Kaboré est entrain de concrétiser sa promesse…

Eddie, une politique guidée par la réconciliation nationale?

Le 28 décembre 2020, Alassane Bala Sakandé a été réélu avec 123 voix sur 127 députés que compte l’Assemblée nationale. Seules quatre abstentions enregistrées.  C’est dire que même le CDP, très critique envers le MPP, n’a pas trouvé d’objection encore moins proposé un candidat. On se rappelle en 2015, à l’élection du président de l’Assemblée nationale, l’Union pour le progrès et le changement (UPC) de Zéphirin Diabré, avait présenté un candidat, Adama Sosso, contre le regretté Salif Diallo du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). A l’issue d’un scrutin à bulletin secret, Salifou Diallo a été porté au perchoir par 78 voix contre 43 voix pour son concurrent. En 2020, le CDP, deuxième force politique, ne s’est pas donné de la peine…  Bref ! Eddie Komboigo semble être guidé par une chose : la réconciliation nationale. Il dit clairement que sa politique ne consiste pas à s’opposer pour s’opposer. A l’issue de l’élection de Bala Sakandé, le président du CDP tient ces propos : « Ce que le Burkina Faso souhaite, c’est la paix, la sécurité, la réconciliation nationale, la cohésion sociale et une relance économique. Les premiers responsables (de l’Assemblée nationale et de la présidence du Faso) ont été choisis, nous allons observer sur le terrain les actes qui seront posés. Le nouveau programme de Roch Kaboré, nous suivrons pas à pas. Nous allons donner la critique positive. Une critique qui tient compte de l’intérêt supérieur de la nation. Il ne s’agit pas de contrer à tout moment, mais de dire ce qu’il faut faire et bien faire pour l’intérêt de la nation soit préservé (https://www.burkina24.com/2020/12/29/rentree-parlementaire-nous-allons-donner-la-critique-positive-eddie-komboigo)». Pour mémoire, le CDP a voté le 4 février passé contre la déclaration de politique générale du Premier ministre Christophe Dabiré. «Nous sommes restés insatisfaits » dira Eddie Komboigo.

Le revirement de la NAFA au nom de la réconciliation nationale

La Nouvelle alliance du Faso (NAFA) de Djibril Bassolé a aussi rejoint la majorité présidentielle au nom de la réconciliation nationale. L’enjeu, protéger certainement les arrières du général Bassolé. « Actuellement, avec la création du ministère en charge de la réconciliation nationale, nous trouvons notre compte à ce niveau, au niveau de l’action gouvernementale (https://www.burkina24.com/2021/01/27/burkina-faso-la-nafa-rejoint-la-majorite-au-nom-de-la-reconciliation/ )», a justifié le Pr Mamoudou Hama Dicko, président dudit parti. Il poursuit en ces termes : « Nous voulons être cohérents parce que nous avons soutenu Zéphirin Diabré à l’élection présidentielle (du 22 novembre 2020, ndlr) … Nous avons trouvé logique de l’accompagner avec l’appel du chef de l’Etat qui l’a nommé à ce poste (ministre d’Etat, en charge de la réconciliation nationale, ndlr) ».

Comme la NAFA, d’autres partis profitent de la question de la réconciliation nationale pour se rallier à la majorité présidentielle. Sur le terrain politique, cela se voit comme de l’opportunisme en ce sens que ce n’est pas fondé sur des convictions solides. Et quand c’est le cas, c’est la démocratie qui est fourvoyée au profit d’intérêts partisans. La déclaration de politique générale du Premier ministre Christophe Dabiré, le 4 février dernier, nous en donne une idée. Sur 127 députés que compte l’Assemblée nationale, on compte 105 voix pour, 21 contre et une abstention.

Il est évident que la configuration actuelle de la classe politique laisse entrevoir une absence d’opposition. En qualité et en quantité. C’est bien dommage pour la démocratie.

Peut-être que le dernier rempart reste la société civile. Le pont entre la majorité et l’opposition. Quand ces deux dernières font dans les compromissions, c’est à la société civile de donner de la voix. Déjà, le Balai citoyen qualifie la Réconciliation nationale de « comédie institutionnelle, estimant que c’est un forum contre l’impunité en préparation (https://lefaso.net/spip.php?article102704 ) ». Voilà qui commence bien.

Oeil citoyen

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